Sur la plateforme Baku Network, un nouvel épisode du projet analytique consacré au développement de l’institution de la médiation en Azerbaïdjan a été présenté.
L’invité de cette émission était Nadir Adilov, docteur en philosophie, maître de conférences et président du Conseil de la médiation. Ce dernier a dressé un tableau précis de la dynamique des recours déposés dans ce domaine juridique et des tendances réelles observées ces dernières années.
Un transfert partiel des prérogatives judiciaires vers le citoyen
Selon Nadir Adilov, la loi « Sur la médiation » confère désormais au citoyen une part des prérogatives autrefois réservées exclusivement aux tribunaux. Les litiges familiaux et du travail doivent désormais obligatoirement passer par une procédure de conciliation.
« L’État offre au citoyen la possibilité d’obtenir la décision qu’il espère d’un juge — mais sur la base d’un accord mutuel entre les parties. L’essentiel, c’est que le citoyen connaisse ses droits et comprenne le fonctionnement de ce mécanisme », a-t-il souligné.
Une hausse marquée des recours à la médiation
Toujours selon Adilov, près de 38 000 dossiers ont été enregistrés dans le système de médiation au cours des trois premiers trimestres de 2025.
« La majorité des recours concernent des conflits familiaux, suivis des litiges liés au travail. Les affaires civiles et commerciales volontaires témoignent déjà d’une confiance croissante envers le dispositif. Sur l’ensemble des cas, plus de 34 000 ont été clôturés. Mais environ la moitié de ces clôtures ont eu lieu en l’absence d’une des parties, ce qui contraint le médiateur à agir de manière quasi unilatérale », a-t-il précisé.
Au cours de la même période, 620 accords de conciliation ont été signés :
« La majorité concernent des litiges familiaux, une part significative des affaires du travail, et le reste des différends économiques ou civils », a ajouté Adilov.
Des conflits enracinés dans des traditions anciennes
Selon lui, nombre de conflits persistants trouvent leur origine dans des coutumes dépassées — dot, bijoux, biens ménagers d’il y a vingt ans — qui deviennent de véritables nœuds juridiques, entraînant souvent des proches dans des querelles interminables.
Adilov propose d’y remédier par l’instauration d’un contrat de mariage obligatoire, intégré dès l’enregistrement de l’union civile : « Ce serait une norme moderne, préventive et protectrice pour les deux parties ».
Vers une intégration internationale de la médiation azerbaïdjanaise
Le président du Conseil de la médiation a rappelé que l’Azerbaïdjan est cofondateur de l’Union de la Médiation du Monde Turcique et qu’un travail est en cours pour adhérer à la Convention de Singapour sur la médiation, un pas décisif qui permettra de garantir l’exécution des accords dans les litiges économiques transfrontaliers.
Une professionnalisation accrue du métier de médiateur
La formation des médiateurs se déroule à travers l’Académie de Justice d’Azerbaïdjan, via des cours de base et de spécialisation, assortis de sessions obligatoires de perfectionnement tous les deux ans.
« Aujourd’hui, environ 400 médiateurs sont actifs dans le système. Toutefois, plus de 300 personnes ont été radiées pour non-conformité aux standards », a précisé Adilov.
La médiation, un instrument social autant que juridique
En conclusion, Nadir Adilov a souligné que la médiation n’est plus seulement un outil juridique, mais qu’elle s’affirme de plus en plus comme un mécanisme social contribuant à sortir les conflits destructeurs du quotidien et à apaiser la vie publique.

