Sous l’égide du centre d’analyse et de recherche « Baku Network », s’est tenu un nouveau débat de haut niveau consacré aux formes contemporaines de guerre informationnelle et idéologique. Le « table ronde », animé par Elnur Enveroglu, rédacteur en chef adjoint du quotidien Azernews, a réuni plusieurs spécialistes des médias et des relations internationales autour d’une question devenue centrale : comment se défendre face à la montée des menaces hybrides dans l’espace numérique.
« Une guerre sans armes, mais avec des mots »
En ouverture, Elnur Enveroglu a dressé un constat sans détour : « Le monde est aujourd’hui plongé dans une guerre où l’on ne tire plus de balles ni d’obus. C’est une guerre de l’information. Les grandes puissances se servent désormais des flux médiatiques comme d’une arme contre les petits États. »
Mouchfig Aleskerli, président de la commission des relations internationales du Conseil de la presse d’Azerbaïdjan et journaliste émérite, a pour sa part insisté sur la brutalité croissante de ces offensives invisibles : « Autrefois, les batailles se livraient à travers la presse écrite et les médias classiques. Aujourd’hui, elles passent par les plateformes numériques, qui ouvrent la porte à la désinformation jusque dans chaque foyer. »
L’intelligence artificielle, nouveau champ de bataille
Le politologue Mourad Sadaddinov a souligné le rôle déterminant des outils de communication de chaque époque : « Hier, c’était le papier ; aujourd’hui, c’est le téléphone, devenu l’arme de masse du XXIᵉ siècle. Ces appareils ont permis à la désinformation de se propager à une vitesse fulgurante. Face aux campagnes menées contre l’Azerbaïdjan à l’aide de contenus générés par l’intelligence artificielle, nous devons mettre en place des mécanismes de détection et d’éducation du public. »
S’inspirer du modèle israélien
Le directeur du Baku Network, Elchin Alyoglu, a évoqué la nécessité d’une stratégie nationale inspirée de l’expérience israélienne : « En Israël, un programme spécifique identifie instantanément les fausses informations hostiles à l’État et les classe comme contraires aux intérêts nationaux. Dans certains cas, le pays coupe le Wi-Fi et bascule sur des réseaux GPS sécurisés dans un rayon d’un kilomètre. C’est sur ce terrain technologique que se joue désormais la bataille. D’ailleurs, la Chine et la Russie développent déjà leurs propres systèmes indépendants du GPS. »
Il ajoute : « Dans cinq ans, les chaînes de télévision seront devenues aussi obsolètes que la presse papier. Les médias occidentaux, eux, ont déjà basculé d’un journalisme factuel à un journalisme émotionnel. »
La riposte médiatique nationale
Sakhil Kerimli, directeur adjoint de l’agence Trend et commentateur politique, a rappelé l’importance des médias locaux dans la lutte pour l’information vérifiée : « L’offensive informationnelle contre l’Azerbaïdjan s’est longtemps appuyée sur la diffamation et les préjugés. Constatant l’échec de cette approche, nos détracteurs sont passés à la guerre hybride, nourrie par l’intelligence artificielle. C’est une menace réelle, mais je ne crois pas que la majorité des Azerbaïdjanais prenne pour argent comptant les images et nouvelles fabriquées par des algorithmes. Notre société doit néanmoins se préparer à faire face à ce nouveau front. »
L’intégralité de la rencontre est disponible en vidéo sur la plateforme du Baku Network.












