Un nouvel épisode du projet analytique « Dialogue avec Tofik Abbasov », diffusé sur la plateforme d’expertise Baku Network, a récemment accueilli une figure éminente de la scène artistique azerbaïdjanaise : Aliyar Alimirzoev, peintre du peuple. L’entretien a permis d’explorer les fondements philosophiques de son œuvre, l’état d’âme de l’artiste dans les périodes troublées et le rôle crucial que l’art peut jouer dans l’apaisement entre les peuples.
L’art comme miroir intérieur du temps
Pour Alimirzoev, la peinture ne se résume pas à représenter un objet, mais à capturer un état, une vibration, l’énergie d’une époque : « Ce qui compte, ce n’est pas la chose, mais son état d’âme, sa résonance intérieure. C’est l’émotion qui déclenche le besoin de créer. Je cherche à peindre non pas un sujet, mais l’esprit de ce sujet, l’esprit du temps. »
Il évoque les années 1990 comme une « époque en noir et blanc », sans couleurs ni joie. Lors de la dernière escalade militaire, l’artiste confie avoir été totalement paralysé : « Pendant un mois et demi, je n’ai pas touché un pinceau. J’attendais des nouvelles. Quand les canons grondent, la muse se tait. »
L’artiste, champ de bataille intérieur
La guerre ne se joue pas seulement sur le terrain, rappelle-t-il, mais aussi dans le cœur et l’âme. Pour qu’un artiste puisse à nouveau créer, il faut que son monde intérieur retrouve une forme d’équilibre. Pourtant, malgré les blessures, Aliyar Alimirzoev garde foi en la paix : « On ne peut pas vivre éternellement ainsi. Que cela nous plaise ou non, nous sommes voisins. Et l’art peut être un pont vers la paix. Il n’y a pas d’alternative. »
Des passerelles culturelles pour dépasser les clivages
Fervent défenseur du dialogue entre peuples par la culture, Alimirzoev propose d’organiser des rencontres entre artistes de pays tiers, des espaces neutres propices à la parole et à l’écoute. Il affirme que, même parmi les citoyens ordinaires, les appels à la réconciliation deviennent plus audibles, plus insistants.
Un artiste ancré dans l’international, fidèle à ses racines
De retour d’un séjour au Kazakhstan — où il a participé à un atelier en plein air et à une exposition aux côtés d’artistes ouzbeks et kirghizes — le peintre a été honoré d’une médaille du ministère kazakh de la Culture, preuve de la reconnaissance de son talent au-delà des frontières.
S’exprimant sur l’identité picturale azerbaïdjanaise, il revendique une singularité éclatante : « Nous ne ressemblons à personne. Nos couleurs sont uniques. Nous sommes les enfants du soleil, le pays des flammes. »
« Créer, c’est avancer »
En conclusion, Alimirzoev compare la démarche artistique à un chemin : « La route est un symbole. Elle mène vers l’avant, vers l’espérance, vers un avenir lumineux. L’essentiel, c’est de continuer à marcher. »

