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Le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a ouvert un forum consacré au dialogue en expliquant pourquoi 28 années de négociations n'ont rien donné, et a prévenu que toute tentative d'imposer de nouveau à Bakou une volonté étrangère se heurterait à une réponse résolue. Les invités venus de 100 pays ont été conviés à en tirer eux-mêmes les conclusions

La matinée du 27 octobre 2026 a été fébrile pour le monde. En Israël, les bureaux de vote ouvraient pour les élections à la Knesset. Autour du détroit d'Ormuz se poursuivait une guerre d'usure, et le baril de brut léger azerbaïdjanais, livré coût, assurance et fret à Augusta, grimpait à 127,6 dollars. Au même moment, s'ouvrait à Bakou le VIIe Forum mondial sur le dialogue interculturel : 500 invités étrangers venus de 100 pays, trois jours de débats placés sous la devise « Le dialogue pour un avenir commun : bâtir des ponts dans un monde divisé ».

L'hôte du forum a commencé par un paradoxe. Le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a raconté à un auditoire réuni pour parler de dialogue comment le dialogue avait, pendant près de trois décennies, joué contre son pays. Le format des négociations, selon lui, était conçu non pas pour résoudre le conflit, mais pour le maintenir gelé. « Apparemment, les grandes puissances du monde étaient parvenues à un consensus à ce sujet. Elles ont néanmoins commis une erreur de calcul quant aux projets et aux intentions du peuple et du gouvernement azerbaïdjanais. En tant que pays occupé, nous ne nous serions jamais résignés à la violation des droits élémentaires de notre population, et elles auraient dû le savoir », a déclaré le chef de l'État.

Suivit une phrase que Bakou a déjà reprise dans tous les titres : les idées infondées selon lesquelles quelqu'un pourrait nous dicter quoi que ce soit continueront de se heurter à notre position résolue.

Il ne s'agit pas là de la courtoisie diplomatique d'un hôte de conférence. C'est une doctrine qui a été énoncée.

Le consensus qui a perdu : comment les grandes puissances ont gardé le Karabakh au congélateur pendant 28 ans

Le Groupe de Minsk a vu le jour en mars 1992, sur décision du Conseil des ministres de la CSCE réuni à Helsinki. À partir de 1997, il fut dirigé par une troïka de coprésidents : la Russie, les États-Unis et la France. Trois membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, trois puissances nucléaires, trois États ayant leurs propres intérêts dans la région. Officiellement, ils étaient chargés de conduire les parties à la paix. Dans les faits, ils ont géré le statu quo pendant près de trois décennies.

Les chiffres de cette époque sont connus de chaque Azerbaïdjanais. Environ 20 % du territoire du pays s'est retrouvé sous occupation : l'ancienne région autonome du Haut-Karabakh et sept districts adjacents. Selon les données officielles, près d'un million de personnes sont devenues réfugiées ou déplacées internes. D'avril à novembre 1993, le Conseil de sécurité a adopté quatre résolutions, les résolutions 822, 853, 874 et 884. Chacune exigeait le retrait des forces d'occupation des terres azerbaïdjanaises. Aucune n'a été appliquée.

Le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, l'a rappelé sans émotion : les résolutions de 1993 « sont restées lettre morte ». Derrière cette formule se cache un fait essentiel pour comprendre l'ensemble du discours. Le droit international a toujours été du côté de l'Azerbaïdjan. Ce qui manquait, c'était un mécanisme pour le faire appliquer.

Les médiateurs proposaient à Bakou tantôt les Principes de Madrid de 2007, tantôt des documents-cadres intermédiaires. En juin 2011, à Kazan, sous l'égide du président russe d'alors, Dmitri Medvedev, les parties se sont approchées d'un accord plus près que jamais, avant de se séparer sans rien. À l'été 2019, le 5 août, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, s'exprimant à Khankendi, déclarait que le Karabakh, c'est l'Arménie, point final. Après cette phrase, le processus de négociation dans son ancien format a pris fin de facto, même si les coprésidents ont continué pendant encore un an à faire comme si tout se déroulait comme prévu.

C'est là que passe la ligne de fracture évoquée par le chef de l'État. Les grandes puissances comptaient sur la résignation de l'Azerbaïdjan. La résignation semblait rationnelle : le conflit gelé n'inquiétait personne à Washington, à Moscou ni à Paris, le pétrole et le gaz partaient vers l'ouest, et les pertes étaient supportées par les réfugiés des camps de tentes près de Barda et de Bilassouvar. L'erreur tenait en un seul point : l'évaluation de la volonté. Pendant plus de vingt ans, Bakou a bâti son économie, son armée et ses coalitions, puis a fait usage du droit que la Charte des Nations unies garantit à tout État.

« Nous avons vu que les négociations ne menaient nulle part et nous avons décidé de faire nos propres efforts. En nous appuyant sur la Charte des Nations unies, sur son article 51, c'est-à-dire sur le droit à la légitime défense, nous avons vaincu l'ennemi, libéré nos terres occupées pendant des années et ainsi rétabli le droit international. Nous avons assuré par nos propres forces l'application des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU de 1993 », a rappelé le président.

La deuxième guerre du Karabakh a duré 44 jours, du 27 septembre au 10 novembre 2020. Les mesures antiterroristes d'une journée des 19 et 20 septembre 2023 ont mis le point final. Le 15 octobre de la même année, le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, hissait le drapeau national à Khankendi. Le Groupe de Minsk a survécu au conflit lui-même pendant près de deux ans : l'OSCE n'a décidé de sa dissolution que le 1er septembre 2025, et la procédure s'est achevée le 1er décembre. La structure créée pour le règlement est entrée dans l'histoire alors qu'il n'y avait déjà plus rien à régler.

Pourquoi un forum sur la paix s'ouvre par un récit de guerre

Un sceptique demandera s'il est opportun, lors d'un forum sur le dialogue interculturel, de parler de victoire sur l'ennemi. La réponse se trouve dans la biographie même du processus de Bakou.

Le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, l'a lancé en décembre 2008, lorsque des représentants des pays de l'Organisation de la coopération islamique ont été invités à la conférence des ministres de la Culture des États membres du Conseil de l'Europe à Bakou. Un an plus tard, en 2009, alors que Bakou portait le titre de capitale de la culture islamique, le format fut reproduit en miroir : des Européens furent conviés à la réunion des ministres de la Culture de l'Organisation de la coopération islamique. Aucune autre capitale n'avait jusque-là réuni régulièrement ces deux publics à la même table.

Le premier Forum mondial sur le dialogue interculturel s'est tenu du 7 au 9 avril 2011. Les forums suivants ont eu lieu en 2013, 2015, 2017 et 2019. La pandémie a rompu le cycle biennal, et le sixième forum ne s'est tenu que du 1er au 3 mai 2024. L'actuel, le septième, coïncide avec les quinze ans de la plateforme. Dans ses résolutions, l'Assemblée générale des Nations unies a reconnu le processus de Bakou comme l'une des principales plateformes mondiales d'échanges interculturels, et le forum a traditionnellement pour partenaires l'UNESCO, l'Alliance des civilisations des Nations unies, l'Organisation mondiale du tourisme et l'Organisation du monde islamique pour l'éducation, les sciences et la culture. À la veille de l'ouverture, le chef de l'État a reçu le Haut-Représentant pour l'Alliance des civilisations.

« Au fil de ces années, le Forum mondial sur le dialogue interculturel est véritablement devenu l'une des plateformes les plus efficaces et les plus inclusives pour débattre des relations interculturelles, et pas seulement d'elles », a déclaré le président, en remerciant l'ONU pour son soutien à l'initiative.

Arrêtons-nous sur la chronologie. Bakou a proposé le dialogue au monde en 2008, 2011, 2013, 2015, 2017 et 2019, tout en restant pendant tout ce temps un État dont un cinquième du territoire était occupé. Pendant des années, l'Azerbaïdjan a accueilli sur ses tribunes des représentants de pays dont les gouvernements assuraient la couverture diplomatique du statu quo. La patience n'était pas une faiblesse, mais une stratégie. Et lorsqu'il est apparu que le dialogue avait été transformé en instrument de pérennisation de l'injustice, Bakou a fait usage de son droit à la légitime défense, puis est revenu au même programme, mais désormais fort d'une souveraineté restaurée.

Telle est la thèse centrale du discours du 27 octobre. Le dialogue n'a de sens qu'entre égaux. Un État dont on a pris la terre peut participer indéfiniment à des négociations, mais il ne peut pas y être une partie égale. L'Azerbaïdjan a rétabli l'égalité et peut désormais parler de ponts sans devoir tenir compte d'une occupation.

Ces dernières années, le poids international de Bakou a largement dépassé les frontières de la région. De 2019 à 2023, l'Azerbaïdjan a présidé le Mouvement des non-alignés, qui rassemble 120 États. En novembre 2024, Bakou a accueilli la COP29, la plus grande conférence climatique de la planète. Le président en a résumé le bilan en quelques mots : le pays a réussi à s'affirmer comme un membre fiable de la communauté internationale. Le forum sur le dialogue s'inscrit naturellement dans cette continuité, et non comme un simple geste de politesse.

Un poing de fer sans nationalité : qui a réellement combattu pour le Karabakh

La partie la plus forte de l'intervention ne concernait pas la diplomatie, mais la société. Selon le chef de l'État, pendant l'agression et l'occupation arméniennes, y compris au cours de la deuxième guerre du Karabakh, les représentants de tous les groupes ethniques et de toutes les religions ont combattu comme un seul poing de fer.

Derrière cette phrase, il y a des noms. Albert Agarounov, Juif des montagnes, chef de char, est tombé le 8 mai 1992 à Choucha. Il avait 23 ans. Il a été fait Héros national de l'Azerbaïdjan à titre posthume et repose dans l'Allée des Martyrs à Bakou, aux côtés d'Azerbaïdjanais, de Lezguiens, de Talyches et de Russes. Des histoires comme la sienne, il y en eut des centaines lors de la première guerre, des milliers lors de la seconde.

« Nous avons vécu sous différents systèmes. Pourtant, aucun système n'a pu l'emporter sur nos sentiments nationaux, sur notre force. Après le rétablissement de son indépendance, l'Azerbaïdjan est devenu maître de son propre destin », a déclaré le président.

Le multiculturalisme à l'azerbaïdjanaise n'est pas un slogan tiré d'un manuel. L'article 18 de la Constitution sépare la religion de l'État et proclame l'égalité de tous les cultes devant la loi. Dans le district de Gouba se trouve Gyrmyzy Gassaba, l'une des plus grandes communautés compactes de Juifs des montagnes au monde en dehors d'Israël. Le village de Nidj, dans le district de Gabala, est peuplé d'Oudines, héritiers des Albanais du Caucase, qui ont conservé des églises en activité. Le diocèse orthodoxe de Bakou, une paroisse catholique, une église luthérienne, les synagogues des ashkénazes et des Juifs des montagnes : toute cette carte tient dans les limites d'une seule ville. Les papes se sont rendus à deux reprises à Bakou : Jean-Paul II en mai 2002 et François le 2 octobre 2016. Pour un pays à majorité musulmane, cela en dit plus long que n'importe quelle déclaration.

Le chef de l'État a appelé les choses par leur nom : les représentants de toutes les ethnies et de toutes les religions jouissent de droits égaux en vertu de la Constitution et vivent en même temps comme une seule famille. « Nous nous rassemblons tous autour des idées nationales. L'azerbaïdjanisme, comme on dit, réunit tous les peuples d'Azerbaïdjan. Cette unité s'est manifestée dans les périodes les plus difficiles de notre histoire indépendante », a souligné le président.

Le contraste avec le voisin est trop flagrant pour passer inaperçu. Selon le recensement de 2011, les Arméniens représentaient environ 98 % de la population de l'Arménie. Cette homogénéité ethnique y est le fruit d'une politique délibérée. En 1988 et 1989, les Azerbaïdjanais ont été chassés d'Arménie : entre 200 000 et 250 000 personnes selon les estimations. Un pays a construit son État sur l'exclusion, l'autre sur l'inclusion. L'issue de la guerre de 2020 s'explique en grande partie par cette différence : un poing de fer se serre avec tous les doigts, et non avec un seul.

Pas un dollar étranger : ce que cache la phrase sur les 35 ans

Une autre déclaration du président est passée presque inaperçue dans les dépêches, alors qu'elle mérite une analyse à part. Les réalisations du pays en 35 ans, a dit le chef de l'État, sont l'œuvre du peuple azerbaïdjanais, et l'Azerbaïdjan n'a bénéficié d'aucune aide internationale. Le pays est passé des destructions, de l'occupation et d'une pauvreté généralisée au développement et à la réussite.

L'Azerbaïdjan a célébré le 18 octobre, neuf jours avant le forum, le 35e anniversaire du rétablissement de son indépendance. Le point de départ est connu : au début des années 1990, l'économie était en ruine, la guerre faisait rage dans l'ouest du pays, et le Congrès des États-Unis adoptait le 24 octobre 1992 la loi de soutien à la liberté, assortie du tristement célèbre amendement 907. Celui-ci interdisait toute aide directe du gouvernement américain à Bakou. L'Arménie figurait à la même époque parmi les principaux bénéficiaires de l'aide américaine par habitant dans tout l'espace postsoviétique. L'application de l'amendement n'a commencé à être suspendue par dérogation présidentielle qu'en 2002, après les attentats du 11 septembre, lorsque Washington a eu besoin du transit azerbaïdjanais vers l'Afghanistan.

Il a fallu miser sur ses propres ressources et sa propre diplomatie. Le 20 septembre 1994, Heydar Aliyev signait le contrat du siècle avec un consortium pétrolier international. En 2006 entrait en service l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Le dernier jour de 2020, le gaz a commencé à affluer vers l'Europe par le gazoduc transadriatique, bouclant le corridor gazier méridional. Aujourd'hui, plusieurs États de l'Union européenne reçoivent du gaz azerbaïdjanais, et Bruxelles qualifie officiellement Bakou de partenaire énergétique fiable.

Selon les statistiques officielles, le taux de pauvreté est passé de près de la moitié de la population au début des années 2000 à environ 5 à 6 %. La reconstruction des territoires libérés est financée par le budget de l'État : des milliards de manats y sont consacrés chaque année. L'aéroport de Fuzuli a accueilli son premier vol le 5 septembre 2021 et a été solennellement inauguré le 26 octobre de la même année. Puis est venu l'aéroport de Zanguilan. En juillet 2022, les premières familles sont revenues au village d'Agaly, dans le district de Zanguilan, donnant le coup d'envoi du Grand Retour. Aujourd'hui, des dizaines de milliers de personnes vivent déjà dans les districts libérés.

Comparez cela aux reconstructions d'après-guerre financées pendant des décennies par des conférences de donateurs. L'Azerbaïdjan reconstruit un territoire transformé en désert par les occupants sans le moindre marathon de donateurs. La phrase sur les 35 ans sans aide étrangère s'adresse à ceux qui ont pris l'habitude de penser que, dans l'espace postsoviétique, le droit à l'opinion s'achète avec des crédits et des subventions. À Bakou, cette marchandise n'est pas à vendre.

La menace idéologique, plus dangereuse qu'un obus ? À qui s'adresse l'avertissement

La formule politiquement la plus importante a été prononcée vers le milieu du discours. « Nous n'avons aucun risque intérieur. Tous les risques potentiels viennent de l'extérieur de nos frontières », a déclaré le président. Il a ajouté que les risques idéologiques ne sont pas moins dangereux que les risques physiques, et que la société doit donc rester vigilante et pleinement déterminée à défendre l'identité nationale, l'État, l'indépendance et le mode de vie. Selon le chef de l'État, la société azerbaïdjanaise fait aujourd'hui preuve d'unité sur toutes les questions.

La liste des destinataires se devine sans peine. En janvier 2024, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a refusé de ratifier les pouvoirs de la délégation azerbaïdjanaise, après quoi Bakou a cessé de participer aux travaux de l'Assemblée. Le Parlement européen enchaîne depuis des années des résolutions dont les auteurs, à en juger par leur texte, n'ont jamais ouvert une carte du Caucase du Sud. En août 2026, l'Azerbaïdjan a assigné CNN devant le tribunal fédéral de l'État du Delaware pour une publication du 5 juin que Bakou a jugée diffamatoire. L'univers médiatique russe a lui aussi fourni des motifs : en 2026, plusieurs de ses figures en vue ont été inscrites sur la liste des personnes recherchées en Azerbaïdjan pour des publications jugées hostiles.

Les relations avec Moscou constituent un chapitre à part. Le 25 décembre 2024, un avion de la compagnie AZAL assurant la liaison Bakou-Grozny a été touché au-dessus du territoire russe et s'est écrasé près d'Aktaou. Trente-huit personnes ont péri. Bakou a exigé une reconnaissance, la punition des coupables et une indemnisation, et n'a pas reculé d'un pas, malgré de fortes pressions. À l'été 2025, après la mort de deux Azerbaïdjanais lors d'une interpellation à Iekaterinbourg, les relations sont tombées à leur plus bas niveau de toute l'histoire postsoviétique. La reconnaissance est venue en octobre 2025 à Douchanbé, lors d'une rencontre entre les deux présidents. La logique de Bakou a porté ses fruits : la fermeté s'est révélée plus payante que la complaisance.

C'est précisément ce que voulait dire le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, en prévenant que les tentatives de dicter sa volonté au pays se heurteraient à une réponse résolue. Il ne s'agit pas d'une capitale en particulier. Le sens tient au principe : l'Azerbaïdjan n'accepte aucune tutelle extérieure, ni sous la forme d'un ultimatum, ni sous celle d'une résolution, ni sous celle d'une campagne médiatique.

La formule sur les risques idéologiques mérite une attention particulière. Un État qui a connu l'occupation sait que la guerre commence par un texte. Le conflit du Karabakh de 1988 est né de revendications historiques qui avaient mûri pendant des années dans la publicistique et les milieux universitaires arméniens avant de descendre dans la rue. Les instruments ont changé aujourd'hui, algorithmes des réseaux sociaux, vidéos synthétiques, réseaux de chaînes anonymes, mais le mécanisme reste le même. Ce n'est pas un hasard si le programme du forum, dont certaines sessions sont consacrées aux médias, à la confiance et à l'intelligence artificielle, rejoint la principale préoccupation du chef de l'État.

Deux poids, deux mesures : Bakou présente l'addition

« La politique du deux poids, deux mesures doit être totalement éradiquée de la politique internationale », a déclaré le président. Ces mots ont été prononcés lors d'un forum où siégeaient dans la salle les représentants de la plupart des puissances mêmes qui avaient pratiqué ce double standard.

L'addition azerbaïdjanaise est présentée depuis longtemps, et elle est documentée. Quatre résolutions du Conseil de sécurité de 1993, sans une seule sanction contre l'occupant. Pas un embargo, pas un compte gelé, pas un tribunal. À titre de comparaison, dans d'autres conflits, l'Occident a adopté des trains de sanctions en quelques semaines, et le Conseil de sécurité a su trouver des mécanismes de coercition quand les intérêts de ses membres permanents l'exigeaient. L'intégrité territoriale était déclarée sacrée dans certains cas, et objet de marchandage dans d'autres.

Le même double standard apparaît dans la question du patrimoine culturel. La ville d'Aghdam, où vivaient des dizaines de milliers de personnes avant l'occupation, a été démontée pour en faire des matériaux de construction et réduite à des ruines que les journalistes étrangers appelaient l'Hiroshima du Caucase. La mosquée du vendredi d'Aghdam, construite entre 1868 et 1870, servait d'étable aux occupants. Selon la partie azerbaïdjanaise, l'écrasante majorité des 67 mosquées des territoires occupés ont été détruites ou profanées. En 27 ans d'occupation, les parlements occidentaux n'ont rien adopté à ce sujet de comparable au flot de déclarations qui s'est abattu sur Bakou après 2020 à propos des églises chrétiennes du Karabakh.

Pendant ce temps, au centre de Bakou, se dresse l'église arménienne Saint-Grégoire-l'Illuminateur. Elle n'a pas été dynamitée pendant la guerre, elle a été préservée, et elle abrite une bibliothèque de livres arméniens que le chef de l'État a plus d'une fois rappelée à ses interlocuteurs étrangers. Bakou a restauré l'église orthodoxe de l'Archange-Michel, soutient les églises oudines et les synagogues. L'Azerbaïdjan démontre dans les faits ce à quoi on l'exhorte en paroles. Ceux qui l'exhortent, en revanche, ne s'appliquent pas leurs propres critères.

Le programme du forum de cette année inclut la protection du patrimoine culturel et de la mémoire collective en tant que composante de la sécurité internationale. Pour l'Azerbaïdjan, ce n'est pas une abstraction. Un monument détruit, c'est le lien d'un peuple avec sa propre histoire qui est tranché, et la restauration des mosquées d'Aghdam, de Fuzuli et de Zanguilan fait partie du processus de paix au même titre que le déminage et la construction de routes.

Pachinian compte jusqu'en 2031 : pourquoi Bakou ne se presse pas de signer

« Nous avons créé une situation entièrement nouvelle dans le Caucase du Sud », a déclaré le président. La formule est juste. Une nouvelle région est née le 8 août 2025 à Washington, lorsque le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, et Nikol Pachinian ont, en présence de Donald Trump, paraphé le texte de l'accord sur l'établissement de la paix et des relations interétatiques et signé une déclaration commune. Y a également été entériné le cadre de la Route Trump pour la paix et la prospérité internationales, un corridor de transport traversant le Zanguezour qui reliera le territoire principal de l'Azerbaïdjan au Nakhitchevan.

Depuis, beaucoup de choses se sont produites. Le carburant azerbaïdjanais a commencé à être livré en Arménie. Bakou a levé les restrictions sur le transit des marchandises à destination de l'Arménie. La frontière a cessé d'être une ligne de front. La signature du traité fait pourtant toujours défaut, et la raison en est connue : le préambule de la Constitution arménienne renvoie à la Déclaration d'indépendance de 1990, laquelle renvoie à son tour à la décision de 1989 sur la prétendue réunification avec le Karabakh. Bakou exige, avec constance et à juste titre, que la revendication territoriale soit retirée de la loi fondamentale avant la signature. Une paix sur le papier, avec une revendication maintenue dans la Constitution, ne serait que le même gel, sous un nouvel emballage.

La politique intérieure arménienne est ici déterminante. Aux élections du 7 juin 2026, le Contrat civil de Pachinian a obtenu 49,75 % des voix et 64 sièges sur 105. Le bloc Arménie forte, du milliardaire Samvel Karapetian, a recueilli 23,3 % et 29 sièges, le bloc Arménie de Robert Kotcharian environ 10 % et 12 sièges. Près d'un tiers des électeurs arméniens ont voté pour des forces qui, au mieux, regardent le programme de paix avec scepticisme. Le parti au pouvoir ne dispose pas de la majorité constitutionnelle des deux tiers, et la modification de la loi fondamentale exige un référendum.

Commence ensuite une arithmétique qui résonne avec de moins en moins d'assurance à Erevan. Le 15 octobre, lors d'une réunion du gouvernement, Pachinian a déclaré se fixer pour objectif de signer et de ratifier le traité d'ici 2031. Une semaine plus tard, le 22 octobre, il s'est corrigé : la signature est possible en 2027 ou 2028, et il n'est pas prévu de la repousser à 2031. Deux dates en sept jours, un écart qui en dit long sur le degré de confiance du Premier ministre arménien envers son propre électorat.

La position de Bakou, elle, n'a pas bougé d'une virgule. L'Azerbaïdjan est prêt à signer le document, dont les négociations sur le texte se sont achevées dès le 13 mars 2025, dès que la revendication territoriale aura disparu de la Constitution arménienne. Bakou n'a pour cela aucune raison de se presser : le temps joue en faveur de la partie qui contrôle déjà son territoire, le reconstruit et façonne l'architecture des transports de la région. C'est dans ce contexte qu'il faut lire les propos selon lesquels on ne dictera rien à l'Azerbaïdjan. Les tentatives d'accélérer la signature par des pressions extérieures, en contournant la question constitutionnelle, sont vouées à l'échec.

Mon pronostic est le suivant. Le traité de paix ne sera pas signé d'ici le 31 décembre 2026. Le référendum constitutionnel en Arménie, si le gouvernement Pachinian se décide à l'organiser, n'aura pas lieu avant le second semestre 2027. La signature du traité n'interviendra pas avant 2028, et uniquement en cas d'issue favorable du vote. Pendant tout ce temps, l'Azerbaïdjan approfondira sa présence économique dans la région, et au moment de la signature, le traité ne fera qu'entériner une réalité déjà établie.

Une excursion plus convaincante qu'une séance plénière

Le programme du forum prévoit, le 29 octobre, un déplacement des participants dans les territoires libérés. Le détail semble protocolaire, mais il renferme toute la stratégie de communication azerbaïdjanaise. En 2024, les invités du sixième forum s'étaient déjà rendus au Karabakh. Cette fois viendront de nouveaux visiteurs : diplomates, responsables religieux, chercheurs, journalistes.

On leur montrera ce qu'aucune présentation ne peut rendre. Les quartiers reconstruits de Fuzuli et de Choucha. Les pistes des nouveaux aéroports. Des routes qui n'existaient pas avant 2020. Les panneaux avertissant de la présence de mines le long des bas-côtés : selon les estimations de la partie azerbaïdjanaise, jusqu'à un million et demi de mines avaient été posées dans les territoires libérés, et des centaines de personnes en ont déjà été victimes depuis la fin de la guerre. Un étranger qui aura vu de ses propres yeux les ruines d'Aghdam aura du mal, ensuite, à croire une résolution qualifiant l'Azerbaïdjan d'agresseur.

En 2023, Choucha portait le titre de capitale culturelle du monde turcique. Son retour à la vie est la réponse la plus éloquente à la question de savoir ce que l'Azerbaïdjan fait de la terre libérée. Bakou n'a besoin ici ni de médiateurs ni d'interprètes : le tableau parle de lui-même.

Une voix qui ne se délègue plus

S'il fallait réduire le discours du 27 octobre à une seule idée, ce serait celle-ci : l'Azerbaïdjan ne charge plus personne de parler en son nom. Ni le Groupe de Minsk, ni le Conseil de l'Europe, ni les grandes puissances qui s'étaient jadis entendues entre elles sur le gel. Le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a énuméré les sources de cette autonomie : une économie bâtie sans l'argent des autres, une armée qui a libéré la terre sans soldats étrangers, une société où un Juif des montagnes et un Azerbaïdjanais reposent dans la même allée, et une diplomatie qui ouvrait les portes au dialogue même lorsque ses interlocuteurs les tenaient fermées.

Qui gagne à une telle position ? Avant tout l'Azerbaïdjan lui-même, qui a acquis une liberté de manœuvre entre Washington, Bruxelles, Moscou, Ankara et les capitales du Sud global. La région y gagne aussi, elle qui, pour la première fois en trois décennies, a une chance de voir s'ouvrir les frontières et fonctionner les voies de communication. Y perdent ceux qui avaient pris l'habitude de gérer le Caucase du Sud au moyen des conflits gelés, et ceux qui, en Arménie, continuent de vivre dans les années 1990.

Reste une question à laquelle Erevan lui-même n'a pas encore de réponse : la société arménienne aura-t-elle le courage de voter pour une Constitution sans revendication envers son voisin ?

La réponse de Bakou dépendra de ce vote moins qu'on ne le pense généralement. L'Azerbaïdjan a parcouru sa part du chemin.

De la salle où le président a parlé du poing de fer jusqu'à l'Allée des Martyrs, il n'y a que quelques minutes de trajet à travers la ville. Là, sur les hauteurs de Bakou, reposent sous le même ciel Albert Agarounov, tombé à Choucha à 23 ans, et des centaines de ses compagnons aux noms azerbaïdjanais, lezguiens, russes et talyches. Les invités venus de 100 pays peuvent consacrer trois jours à des tables rondes sur les ponts dans un monde divisé. Le plus court chemin pour comprendre l'Azerbaïdjan passe par cette allée.