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Le texte initial pose la bonne question : non pas pourquoi le plan du président américain Trump pour Gaza piétine, mais pourquoi presque tous les participants au processus s'attendaient dès le départ à sa mort politique. Le problème ne réside pas uniquement dans le Hamas, ni seulement en Israël, ni seulement chez Netanyahou, ni même dans l'incapacité de Washington à contraindre les parties à respecter les engagements pris.

Le problème principal est plus profond : le plan a été conçu comme une vitrine diplomatique et non comme un mécanisme opérationnel de règlement. Il a été pensé pour l'effet télévisuel, pour une signature, pour une photo, pour la formule d'un "accord du siècle", mais pas pour la réalité sale, lourde et multidimensionnelle de Gaza.

Un plan de paix né comme un spectacle politique

En octobre 2025, le président américain Trump a contribué à imposer un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas et a présenté un plan en vingt points comme une feuille de route pour mettre fin à la guerre à Gaza. Sur le papier, tout semblait d'envergure : cessez-le-feu, libération des otages, retrait des troupes israéliennes vers la "ligne jaune", démilitarisation de l'enclave, création d'un Conseil de la paix, garanties internationales, reconstruction, administration temporaire, force internationale de stabilisation et, au final, la perspective floue de l'autodétermination palestinienne. Pourtant, il était déjà clair à ce moment-là que les parties ne signaient pas le même document, mais des interprétations différentes d'un même texte.

Israël voyait avant tout dans ce plan un outil de désarmement forcé du Hamas et de maintien du contrôle militaire sur une grande partie de Gaza, jusqu'à ce que la menace soit jugée éliminée. Le Hamas y voyait une pause dans la guerre, un canal de soulagement humanitaire et une opportunité de transformer la question des armes en négociation politique, uniquement après un mouvement garanti vers un État palestinien. Un gouffre béant séparait ces deux logiques. Et c'est précisément dans ce gouffre que l'ensemble du projet s'effondre aujourd'hui.

Formellement, le plan prévoyait la démilitarisation de Gaza sous le contrôle d'observateurs indépendants, la mise hors service des armements, un programme financé au niveau international pour le rachat des armes et la réintégration des combattants, ainsi que le déploiement d'une Force internationale de stabilisation temporaire, censée entrer rapidement à Gaza pour aider à former une police palestinienne vérifiée. Le document affirmait également qu'Israël n'occuperait ni n'annexerait Gaza, et que l'armée israélienne transférerait progressivement les territoires contrôlés aux forces internationales et à l'administration de transition. Mais en réalité, les questions clés sont restées sans réponse : qui désarme précisément le Hamas, dans quel ordre, sous quelles garanties, avec quel soutien armé, quel sera le statut des troupes israéliennes, et que se passera-t-il si l'une des parties estime que l'autre sabote le processus.

Un accord sans progressivité n'est pas un accord, c'est un piège

Tout mécanisme de paix sérieux repose sur la progressivité. D'abord le cessez-le-feu, puis le contrôle de la ligne de contact, ensuite l'accès humanitaire, puis un organe politique de gouvernance, suivi de la sécurité, de la reconstruction, et enfin du statut à long terme. Dans le plan de Trump, cette échelle a été remplacée par un ascenseur politique censé monter tout le monde directement au dernier étage. Mais l'ascenseur est bloqué entre les étages.

Israël exige le désarmement du Hamas comme condition préalable. Le Hamas exige des garanties politiques et le retrait d'Israël comme condition préalable. Les pays arabes ne veulent pas envoyer leurs soldats à Gaza pour devenir l'infanterie d'un conflit qui n'est pas le leur. Les pays européens ne veulent pas assumer la responsabilité de l'échec du projet américain. L'Égypte craint le déplacement des Palestiniens vers le Sinaï. La Jordanie redoute une nouvelle vague de pression démographique. La Turquie souhaite participer à l'architecture politique, mais refuse d'être un simple figurant face au diktat israélien. Les pays du Golfe sont prêts à payer, mais pas à financer la reconstruction sans fin d'un territoire qui pourrait être de nouveau bombardé demain.

C'est pourquoi la Force internationale de stabilisation reste, au fond, un acronyme sans troupes sur le terrain. Ce n'est ni une armée, ni une mission, ni un contingent, ni un garant de la sécurité. Pour l'instant, il s'agit d'une promesse diplomatique derrière laquelle il n'y a ni mandat, ni effectifs, ni règles d'engagement, ni schéma de commandement clair, ni consensus politique dans la région.

Conseil de la paix : un nom retentissant, une institution faible

En janvier 2026, la Maison-Blanche a annoncé la composition du Conseil de la paix et du Conseil exécutif de Gaza. Dans cette structure sont apparues des figures comme Marco Rubio, Steve Witkoff, Jared Kushner, Tony Blair, Ajay Banga et d'autres personnalités, tandis que le rôle de Haut Représentant pour Gaza a été attribué à Nickolay Mladenov, devant servir de lien entre le Conseil de la paix et le Comité national pour l'administration de Gaza. Le général Jasper Jeffers a été nommé commandant de la Force internationale de stabilisation. Sur le papier, cela ressemblait à un modèle de gouvernance public-privé pour le Gaza d'après-guerre : diplomatie, finance, sécurité, infrastructures, reconstruction, investissements et coordination humanitaire.

Mais Gaza n'est pas un portefeuille d'investissements ni un projet immobilier. C'est un territoire détruit comptant plus de deux millions de personnes traumatisées, une clandestinité armée, l'armée israélienne sur le terrain, des acteurs régionaux en coulisses, un effondrement des infrastructures, des points de passage bloqués, une pénurie d'eau, de médicaments, de logements et un manque de légitimité politique. On ne peut pas y gérer la réalité par un conseil d'administration. On ne peut pas remplacer la souveraineté par un comité. On ne peut pas remplacer la confiance par un communiqué de presse. On ne peut pas remplacer la sécurité par la formule "rendez d'abord les armes, nous parlerons ensuite".

Les analyses parlementaires britanniques l'ont explicitement relevé : au début de l'année 2026, la deuxième étape a été annoncée, mais les questions fondamentales sont restées non résolues : le désarmement du Hamas, le retrait total d'Israël, la composition de la gouvernance de Gaza, le rôle du comité temporaire, l'accès humanitaire et la trajectoire politique future. Il y était également noté que le comité palestinien est basé en Égypte et n'est pas entré à Gaza. C'est un symptôme clé : le "gouvernement" du territoire existe en dehors du territoire qu'il doit administrer.

Gaza sans gouvernement, mais avec plusieurs maîtres

Le Comité national pour l'administration de Gaza a été pensé comme un organe technocratique chargé de gérer les services quotidiens, l'aide humanitaire et la reconstruction. Mais il s'est retrouvé dans un vide politique. Pour Israël, il n'est utile que dans la mesure où il empêche le Hamas de reprendre le contrôle administratif. Pour le Hamas, il est suspect car perçu comme un outil de dictat extérieur. Pour l'Autorité palestinienne, il est dangereux en tant que structure concurrente capable de contourner définitivement Ramallah. Pour l'Égypte, il est commode comme tampon de négociation, mais pas comme source de solution stratégique.

En conséquence, Gaza vit en réalité sous un régime de pouvoirs multiples. L'influence du Hamas persiste sur une partie du territoire. Le contrôle militaire israélien s'exerce sur une part importante du terrain. À Le Caire siège un comité technocratique censé gouverner, mais qui ne gouverne pas. À Washington se réunit le Conseil de la paix, censé coordonner, mais qui ne contrôle rien. Les donateurs promettent de l'argent, mais ne se pressent pas pour payer. La population reste prise entre les lignes, les cartes, les postes de contrôle, les tentes et les ruines.

Ce n'est pas un ordre de transition. C'est une paralysie programmée.

La ligne jaune est devenue une zone orange : comment le cessez-le-feu se transforme en occupation rampante

Selon les termes du cessez-le-feu d'octobre, Israël devait maintenir environ 53 % du territoire de Gaza derrière la "ligne jaune". Mais en mai 2026, d'après les données de Reuters, la zone de contrôle israélienne s'est élargie pour atteindre environ 64 %, en raison de nouvelles zones restreintes tracées sur les cartes destinées des organisations humanitaires. Par la suite, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré son intention de porter ce contrôle à 70 % du territoire de Gaza.

Cela change la nature même de l'accord. Si la ligne de cessez-le-feu se déplace constamment, il ne s'agit plus d'une trêve, mais d'une administration militaire de l'espace. Si la zone tampon s'élargit sans le consentement politique de l'autre partie et sans mécanisme international de contrôle, elle cesse d'être une mesure de sécurité temporaire pour devenir un outil de pression territoriale.

À Gaza, une telle logique est particulièrement explosive. C'est l'un des territoires les plus denses au monde, où plus de deux millions de personnes manquent d'un espace de vie normal. Quand la zone de contrôle israélienne passe de 53 % à 64 %, puis qu'un objectif de 70 % est affiché, cela ne représente pas seulement une carte militaire. Cela signifie la compression des êtres humains, des tentes, des hôpitaux, des entrepôts, des routes de l'aide, des points d'eau, des cimetières, des ruines et des restes de l'infrastructure urbaine. Dans une telle géographie, chaque pourcentage de territoire n'est pas une statistique abstraite, mais de l'air, de l'eau, de la nourriture, une évacuation médicale et une chance de survivre.

Netanyahou joue à Gaza, mais aussi à l'intérieur d'Israël

Netanyahou agit selon la logique classique d'un dirigeant qui, après une longue guerre, ne peut afficher de victoire stratégique mais se doit de démontrer son contrôle. Israël a mené une campagne d'envergure à Gaza, a conduit des opérations contre le Hezbollah, a participé à une confrontation régionale autour de l'Iran, et a fait face à la pression diplomatique ainsi qu'à l'exaspération interne. Pourtant, aucune des questions principales n'est définitivement réglée : le Hamas n'est pas liquidé en tant que structure politico-militaire, le front nord reste dangereux, l'Iran n'a pas disparu en tant que facteur, la réputation internationale d'Israël est sérieusement endommagée, et la question des otages et de la sécurité est devenue une composante du traumatisme national interne.

Dans de telles conditions, l'extension de la zone de contrôle à Gaza se transforme en un signal politique destiné au public intérieur. Netanyahou montre que l'armée avance, que la sécurité dicte ses conditions, que le Hamas ne bénéficie d'aucun répit et qu'Israël ne recule pas. Mais cette tactique, tout en pouvant produire un effet électoral à court terme, risque simultanément de détruire la dernière enveloppe de l'accord. Reuters a explicitement souligné que l'évolution vers les 70 % a provoqué l'inquiétude des pays européens et une réaction virulente du Hamas, qui a qualifié cette démarche d'escalade dangereuse et de tentative d'expulsion forcée des Palestiniens.

Le Hamas attend lui aussi la mort du plan

Il serait erroné de présenter le Hamas comme une partie passive se contentant de réagir face à Israël. Le Hamas fait lui aussi ses calculs. Il comprend que rendre les armes sans garantie politique claire signifierait non pas une réforme, mais un désarmement unilatéral devant l'adversaire. Il constate que les forces israéliennes ne se retirent pas, mais élargissent leur zone de contrôle. Il voit que les forces internationales de stabilisation ne sont pas arrivées. Il observe que l'État palestinien reste une formule conjuguée au futur. Il voit que les donateurs hésitent. Il constate que l'attention du président américain Trump se disperse entre l'Iran, le Liban, la politique intérieure américaine et d'autres crises.

Pour le Hamas, cela signifie qu'il est possible de gagner du temps. Il est possible de parler de "gel" des armes, de stockage, de retrait progressif des armements lourds, de garanties ou de consensus palestinien. Mais pas d'une capitulation totale. Car dans la logique du Hamas, les armes ne sont pas seulement une ressource militaire. Elles constituent un capital politique, une assurance contre les concurrents, un outil de contrôle sur la scène intérieure et l'argument principal dans les négociations.

Et c'est là que surgit l'impasse majeure. Israël exige du Hamas ce que le Hamas considère comme un suicide. Le Hamas exige d'Israël ce que le système politique israélien actuel considère comme une capitulation. Le Conseil de la paix était censé briser ce cercle, mais il s'est retrouvé lui-même piégé à l'intérieur.

La catastrophe humanitaire comme otage de la logique de force

Le plus terrible dans cette construction réside dans le fait que la population civile continue de vivre entre les calculs stratégiques des parties. Selon les données de l'OCHA, pour la seule période du 12 au 20 mai 2026, le ministère de la Santé à Gaza a fait état de 24 morts, cinq corps retirés des décombres, deux décès des suites de blessures et 159 blessés. Depuis l'annonce de l'accord de cessez-le-feu le 10 octobre 2025, ces mêmes données enregistrent 881 morts et 2 621 blessés.

C'est là toute l'essence cynique du "cessez-le-feu" à Gaza : formellement, la grande guerre est suspendue, mais les gens continuent de mourir. Formellement, il existe un plan de paix, mais la reconstruction n'a presque pas commencé. Formellement, l'accès humanitaire est effectif, mais il reste politiquement dosé. Formellement, il y a une administration, mais elle ne se trouve pas à Gaza. Formellement, il existe des garanties internationales, mais personne n'est prêt à s'ériger en garant réel.

La situation alimentaire demeure tout aussi grave. L'IPC estimait en décembre 2025 que, pour la période du 1er décembre 2025 au 15 avril 2026, environ 1,6 million de personnes à Gaza se trouveraient dans une situation d'insécurité alimentaire aiguë de niveau Crise ou supérieur, dont 571 000 personnes en Urgence et environ 1 900 personnes en Catastrophe. Certes, par rapport aux phases d'intensité maximale de la faim, la situation a pu partiellement s'améliorer après l'élargissement de l'accès de l'aide, mais le système reste extrêmement fragile : le moindre blocage, une nouvelle opération, la fermeture d'un point de passage ou une rupture d'approvisionnement replongent aussitôt Gaza vers la famine.

Une reconstruction qui n'existe que dans les promesses

Le principal échec économique du plan est la reconstruction. Il est impossible de démilitariser un territoire si l'on n'offre aucun avenir à sa population. Il est impossible d'extirper une structure armée du tissu social si les écoles, les hôpitaux, les habitations, le réseau d'eau, les égouts et les infrastructures électriques demeurent en ruines. On ne peut bâtir une nouvelle légitimité politique sur des promesses vides.

Le journal The Guardian décrivait en mai 2026 Gaza comme un espace de "limbe sombre" : plus de sept mois après l'accord, la reconstruction n'a pas débuté, le Conseil de la paix se heurte à des problèmes de financement, et les technocrates palestiniens choisis pour gérer l'enclave restent en Égypte. Selon les données de cet article, neuf pays avaient promis 7 milliards de dollars pour le programme d'aide à Gaza, mais les contributions réelles se sont révélées dérisoires : il a été question de 23 millions de dollars pour les dépenses opérationnelles et de 100 millions pour la future police palestinienne, alors que le coût global de la restauration de Gaza est estimé par l'ONU à plus de 70 milliards de dollars sur plusieurs décennies.

Ce chiffre sonne comme un verdict pour l'ensemble de l'architecture. Les 7 milliards de promesses paraissent spectaculaires lors d'un sommet. Les 70 milliards d'une reconstruction réelle s'avèrent effrayants en comptabilité. Quant aux 123 millions de dollars effectivement versés face à une destruction totale, cela ne relève pas d'une relance, mais d'une simulation de lancement de processus.

Les donateurs refusent de payer pour une nouvelle guerre

Pourquoi l'argent n'arrive-t-il pas ? La réponse est simple : les donateurs ne croient pas à la viabilité politique du modèle. Les pays du Golfe ont déjà vu des milliards de dollars investis dans des infrastructures palestiniennes détruites par la suite lors d'un énième cycle de guerre. Les Européens refusent de financer un projet dont la décision clé appartient à Washington, la sécurité est contrôlée par Israël, et le coût politique est payé par l'Europe. L'Égypte souhaite la stabilité à sa frontière, mais refuse de se transformer en entrepôt de la crise palestinienne. La Turquie veut participer, mais n'entend pas subventionner un modèle américano-israélien sans statut politique pour les Palestiniens.

Pour un investisseur, même étatique, la question fondamentale se pose crûment : qui garantit qu'un hôpital construit ne sera pas détruit dans six mois ? Qui garantit que la nouvelle structure policière ne se retrouvera pas prise entre le Hamas, Israël, les clans, les groupes armés locaux et les services de renseignement extérieurs ? Qui garantit que les fonds ne s'évaporeront pas dans la corruption, la logistique militaire, le marché noir et le sabotage politique ? Tant qu'il n'y aura pas de réponse, les donateurs promettront, mais ne paieront pas.

Un plan de paix sans la Palestine comme sujet

Un autre problème fondamental réside dans l'absence d'un sujet politique palestinien à part entière. L'Autorité palestinienne à Ramallah est faible, discréditée, vieillissante, bureaucratisée et ne jouit d'aucune confiance réelle à Gaza. Le Hamas est armé, mais toxique pour Israël, les États-Unis et une partie des régimes arabes. Un comité technocratique peut s'avérer commode pour les acteurs extérieurs, mais il est dépourvu de légitimité organique. En conséquence, la société palestinienne se retrouve une fois de plus positionnée comme un objet de gouvernance, et non comme un sujet de décision.

C'est un vieux défaut colonial de la diplomatie moyen-orientale : les puissances extérieures conçoivent des institutions pour un territoire sans résoudre la question de la représentation politique de son peuple. On peut créer un comité. On peut nommer un coordinateur. Можно approuver un conseil. On peut inventer un fonds de reconstruction. Mais si les Palestiniens n'y voient pas un chemin vers la liberté, mais une nouvelle forme d'administration externe sous contrôle israélien, un tel schéma ne sera jamais viable.

Sécurité israélienne contre État palestinien : une fausse alternative

La partie israélienne soutient que le désarmement du Hamas est indispensable pour éviter la répétition du 7 octobre 2023. Il ne s'agit pas d'un détail de rhétorique, mais d'un traumatisme réel pour la société israélienne et d'un facteur concret de sécurité nationale. Aucun État n'accepterait de vivre aux côtés d'une force armée ayant déjà perpétré une attaque d'une telle envergure contre ses citoyens. Cet argument ne peut être balayé d'un revers de main.

Mais l'autre versant de la question est tout aussi évident : si la sécurité d'Israël implique une fragmentation militaire infinie de Gaza, l'absence d'horizon politique, l'extension des zones tampons, des restrictions au retour des populations et le blocage d'une reconstruction véritable, alors cette sécurité produit elle-même une nouvelle guerre. On ne peut détruire le Hamas tout en maintenant l'intégralité des conditions qui lui permettent d'affirmer que seules les armes protègent les Palestiniens.

Sans horizon politique, le désarmement apparaît aux yeux des Palestiniens non pas comme une démilitarisation, mais comme une mise à nu face à l'occupation. Sans démilitarisation, l'horizon politique apparaît pour Israël comme une récompense accordée au terrorisme. Le conflit retourne ainsi à son dilemme de base : chaque partie exige de l'autre un premier pas que celle-ci considère comme mortellement dangereux.

Pourquoi les pays arabes refusent de devenir la police de Gaza

On a beaucoup affirmé que les pays arabes pourraient envoyer des forces à Gaza. En pratique, cela s'avère presque impossible sans un mandat politique clair. Les militaires égyptiens, jordaniens, émiriens, saoudiens ou autres ne veulent pas se retrouver dans une situation où ils devraient réprimer le Hamas dans l'intérêt d'Israël. Ce serait un suicide politique pour tout gouvernement arabe.

Si un soldat arabe tire sur un Palestinien à Gaza, même s'il s'agit d' un combattant, la rue régionale percevra cela comme une soumission à l'occupation israélienne. Si le contingent arabe ne tire pas, Israël le qualifiera d'inutile. S'il se place entre Israël et le Hamas, il deviendra la cible des deux côtés. C'est pourquoi une force de stabilisation internationale sans mandat palestinien précis, sans résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, sans l'accord des acteurs régionaux clés et sans un processus politique réel est condamnée à rester un fantôme.

Le facteur iranien : l'ombre d'une grande guerre sur Gaza

Il est impossible d'analyser Gaza indépendamment de l'arc régional Iran - Irak - Syrie - Liban - Yémen - Golfe Persique. Pour Israël, le Hamas n'est pas seulement une organisation palestinienne, mais un élément d'un système de menaces plus large, lié à la stratégie iranienne de pression asymétrique. Pour l'Iran, la cause palestinienne est un outil de légitimation, un levier de pression contre Israël et un vecteur de mobilisation de la rue régionale. Pour les États-Unis, Gaza est devenue l'un des fronts d'une surcharge stratégique globale au Moyen-Orient.

Lorsque l'attention de Washington se porte sur l'Iran, Ormuz, le Liban, le marché de l'énergie et les élections intérieures américaines, Gaza reçoit moins d'énergie diplomatique. Or, dans de tels conflits, le vide est rapidement comblé par la force. Israël élargit son contrôle. Le Hamas gagne du temps. Les donateurs attendent. L'Égypte bloque les risques. L'Europe exprime son inquiétude. La population en paie le prix.

Le 4 juin 2026, Reuters soulignait directement que les cessez-le-feu promus par le président américain Trump au Moyen-Orient n'avaient pas entraîné un arrêt complet de la violence : à Gaza, les frappes se poursuivent et l'impasse persiste autour du désarmement du Hamas ; au Liban, les affrontements avec le Hezbollah perdurent, tandis que l'axe américano-iranien reste fragile. Cela révèle un problème systémique : Washington sait proclamer des cessez-le-feu, mais ne s'avère pas toujours capable de les transformer en règlement politique.

Gaza est devenue un marché du temps politique

Aujourd'hui, toutes les parties achètent du temps. Israël achète du temps en élargissant son contrôle et en s'attendant à ce que le Hamas s'affaiblisse. Le Hamas achète du temps en conservant ses armes et en s'attendant à ce que la pression israélienne et américaine se dissipe. Les pays arabes achètent du temps en refusant d'entrer à Gaza sans garanties. Les donateurs achètent du temps en ne transférant pas de sommes importantes. L'Europe achète du temps par des déclarations. Les États-Unis achètent du temps par des formules diplomatiques.

Mais le temps à Gaza n'est pas neutre. Il joue contre la population civile. Chaque mois passé sans reconstruction renforce le marché noir, les réseaux armés, le traumatisme, la radicalisation, la criminalisation de la logistique humanitaire et la dépendance des personnes envers ceux qui contrôlent l'accès à la nourriture, à l'eau et à la sécurité. Dans un tel environnement, aucune politique modérée ne peut naître. C'est le terreau d'une nouvelle guerre.

L'erreur majeure de Trump : confondre un accord avec un règlement

Le président américain Trump conçoit la politique étrangère comme un accord commercial : réunir les parties, exercer une pression, annoncer un cadre, nommer des personnes, afficher un résultat. Parfois, cette tactique fonctionne dans des négociations commerciales или dans des crises diplomatiques circonscrites. Mais Gaza n'est pas une transaction immobilière ni une fusion d'entreprises. C'est un conflit d'identité, de territoire, de sécurité, d'occupation, de réfugiés, de religion, de traumatisme, de droit international et d'équilibre régional des puissances.

On ne peut pas simplement dire ici : "Le Hamas rendra ses armes, Israël se retirera, les Arabes fourniront des soldats, les donateurs donneront de l'argent, les Palestiniens recevront une administration, et ensuite nous parlerons d'un État". Chaque point dépend de l'autre. Chaque point bloque l'autre. Chaque acteur craint qu'une concession ne devienne irréversible sans que la concession adverse ne se concrétise jamais.

C'est pourquoi le plan ne meurt pas d'un coup, mais lentement, par érosion. D'abord, la force internationale n'arrive pas. Ensuite, le comité n'entre pas. Puis, l'argent ne vient pas. Plus tard, la zone israélienne s'étend. Les accusations de violations se multiplient. Finalement, le cessez-le-feu se transforme en un régime de guerre de basse intensité. Tout le monde commence alors à feindre que le plan est encore vivant, bien que sur le terrain, il ne fonctionne plus.

Ce qui pourrait sauver le plan – et pourquoi cela ne se produit presque pas

Théoriquement, le plan pourrait encore être réanimé. Pour cela, cinq conditions strictes sont nécessaires.

Premièrement – une carte fixée. La "ligne jaune" ne peut pas bouger au gré d'une seule partie. Toute modification de la zone de contrôle doit être validée par un mécanisme international.

Deuxièmement – un mandat réel pour les forces de stabilisation. Pas un communiqué de presse, mais des effectifs, un commandement, des règles d'engagement, un financement, une base juridique et un soutien politique régional.

Troisièmement – un protocole de progressivité réciproque. Non pas "le Hamas doit d'abord tout rendre" ni "Israël doit d'abord se retirer complètement", mais des étapes synchronisées : retrait de secteurs précis, transfert des armes lourdes, entrée de la police, déblocage de la reconstruction, élargissement de l'accès humanitaire, surveillance internationale.

Quatrièmement – la légitimité palestinienne. Des technocrates privés de base politique ne maintiendront pas Gaza. Il faut un lien avec un cadre institutionnel palestinien renouvelé, sans quoi le comité restera une administration en exil.

Cinquièmement – l'argent d'abord, mais sous un contrôle rigoureux. Sans une reconstruction immédiate des infrastructures hydrauliques, médicales, énergétiques et résidentielles, tout discours sur la stabilisation sera une fiction.

Le problème est que toutes ces conditions exigent une volonté politique invisible à l'heure actuelle. Israël mise sur la pression militaire. Le Hamas mise sur la survie. Les États-Unis misent sur une incertitude gérée. Les pays arabes misent sur la prudence. L'Europe mise sur des déclarations. Ce n'est pas une coalition pour la paix. C'est une coalition de l'attente.

Conclusion : le plan de Trump n'est pas mort, il devient un décor

Le plus dangereux dans la situation actuelle n'est pas l'échec du plan de Trump. Le vrai danger est ailleurs : il peut continuer à exister comme un décor diplomatique masquant une nouvelle réalité sur le terrain. Tandis que les documents évoquent un mécanisme temporaire, de nouvelles zones de contrôle se figent sur le terrain. Tandis que les déclarations parlent de reconstruction, les gens vivent au milieu des ruines. Tandis que les communiqués mentionnent des forces internationales, aucun soldat réel d'un contingent de stabilisation ne vient modifier l'équilibre de la sécurité. Tandis que l'on disserte sur l'autodétermination future des Palestiniens, le présent de Gaza se fragmente en lignes, en zones tampons, en autorisations et en interdictions.

Gaza est redevenue le lieu où les grandes puissances affichent leurs ambitions, où les acteurs régionaux couvrent leurs risques, où les structures armées conservent leurs leviers, et où la population civile se transforme en otage des calculs d'autrui. En ce sens, l'échec du plan de Trump n'est pas un accident. C'est l'aboutissement logique d'une diplomatie qui a tenté de remplacer une solution politique par un schéma managérial, la sécurité par une carte de zones, un État par une promesse, et la confiance par un comité.

C'est précisément pourquoi beaucoup n'attendent pas que le Conseil de la paix devienne opérationnel. Ils attendent qu'il disparaisse discrètement de l'actualité, laissant derrière lui une énième carte d'une paix avortée. Pour Gaza, cela n'apportera aucun soulagement. Car sur cette terre, chaque plan de paix mort sert habituellement de préface à une nouvelle guerre.