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Le paradoxe central de la politique israelienne au Liban n’a depuis longtemps plus rien de cache. Israel exige de Beyrouth ce que tout Etat normal devrait effectivement chercher a obtenir : le monopole des armes, le demantelement de l’infrastructure militaire autonome du Hezbollah, le controle du sud du pays et la transformation des Forces armees libanaises en unique instrument legitime de securite. Cette exigence possede une logique politique. Elle s’appuie sur un droit a la securite, sur la memoire des tirs de roquettes contre le nord d’Israel, sur la realite du 7 octobre 2023 et sur le facteur iranien. Mais le probleme est ailleurs : Israel exige en meme temps de l’Etat libanais qu’il soit fort, tout en faisant depuis des annees tout ce qui contribue a le maintenir faible. C’est cette contradiction interne qui transforme une strategie de securite en mecanisme d’autosabotage.

On demande a l’Etat libanais d’accomplir presque l’impossible : desarmer le Hezbollah sans guerre civile, tenir le sud sans ressources suffisantes, controler la frontiere sans armee pleinement operationnelle, appliquer la resolution 1701 du Conseil de securite des Nations unies dans un contexte d’economie detruite, de fragmentation politique et de frappes permanentes. Puis, lorsque Beyrouth n’y parvient pas, Israel obtient un argument commode : le Liban serait incapable de controler son propre territoire, donc Israel devrait agir lui-meme. Cette logique tourne en boucle. Elle ne resout pas le probleme. Elle le reproduit.

La resolution 1701, adoptee apres la guerre de 2006, exige que la zone situee entre la Ligne bleue et le fleuve Litani soit exempte de formations armees autres que les Forces armees libanaises et la FINUL. Le mandat de la FINUL inclut directement le soutien aux Forces armees libanaises lors de leur deploiement dans le sud, le controle du cessez-le-feu, la facilitation de l’acces humanitaire et l’aide a la creation d’une zone depourvue de personnes armees, d’actifs militaires et d’armes illicites. Mais ce document, que toutes les parties citent comme base de la securite, n’a jamais ete pleinement transforme en realite politique. Et le Hezbollah n’est pas le seul responsable. La responsabilite incombe a toute une architecture d’hypocrisie regionale, dans laquelle le Liban est simultanement reconnu comme Etat souverain et traite comme un simple espace geographique destine aux guerres des autres.

La resolution 1701, ce document devenu incantation

L’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024 a de nouveau replace la resolution 1701 au centre de la scene diplomatique. Le texte de l’accord indique explicitement que seules les structures militaires et securitaires officielles libanaises doivent avoir le droit de porter des armes au Liban, tandis que le gouvernement s’engage a empecher les operations du Hezbollah et d’autres groupes armes contre Israel. Dans le meme temps, Israel s’est engage a ne pas mener d’operations militaires offensives contre des cibles libanaises sur le territoire du Liban, que ce soit par voie terrestre, aerienne ou maritime.

Sur le papier, cela ressemblait au debut d’une sortie de l’impasse. Dans la realite, ce fut une nouvelle confirmation d’une vieille verite : un cessez-le-feu sans mecanisme politique n’est pas la paix, mais une pause entre deux frappes. Pour que le Liban commence reellement a repousser le Hezbollah hors du sud, Beyrouth avait besoin de trois choses : une armee apte au combat, une couverture internationale et des garanties qu’Israel ne saperait pas le processus par des frappes permanentes. Aucune de ces conditions n’a ete suffisamment assuree.

Selon le texte du cessez-le-feu, les Etats-Unis et la France entendaient faciliter le deploiement de dix mille militaires des Forces armees libanaises dans le sud du pays et ameliorer les capacites de l’armee libanaise. Mais les effectifs sur le papier et la puissance sur le terrain sont deux choses differentes. Une armee qui doit confisquer les armes de la plus puissante structure armee non etatique du Moyen-Orient ne peut pas vivre d’une aide symbolique, de declarations politiques et de programmes de soutien temporaires. Elle a besoin de renseignement, d’unites du genie, de moyens antidrones, de communications securisees, de transports, de soldes, d’une stabilite sociale pour ses effectifs et d’un ordre politique qui ne fasse pas exploser le pays de l’interieur.

Le Hezbollah n’est pas une simple milice libanaise

Il serait errone de considerer le Hezbollah comme un simple probleme interieur libanais. Ce n’est pas seulement un parti, ni seulement une aile militaire, ni seulement un reseau de structures sociales au sein de la communaute chiite. C’est un element cle du systeme iranien de dissuasion avancee contre Israel. Son arsenal de roquettes a ete constitue pendant des annees comme un instrument destine a rendre toute frappe contre l’Iran strategiquement couteuse pour Israel. Selon les estimations du CSIS, l’arsenal du Hezbollah avant les dernieres guerres etait evalue a environ cent trente mille roquettes, alors qu’en 2006 il disposait d’environ quinze mille roquettes et projectiles, dont pres de quatre mille furent tires contre Israel en trente-quatre jours de guerre.

C’est precisement pour cette raison qu’Israel ne percoit pas le Hezbollah comme un adversaire local, mais comme le front nord de la strategie iranienne. Apres le 7 octobre 2023, cette logique s’est encore durcie. Des le 8 octobre, le Hezbollah a ouvert le feu dans le secteur des fermes de Chebaa et contre le nord d’Israel. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme indique dans son rapport de 2026 que les hostilites ont commence le 8 octobre 2023, avant de connaitre des escalades successives, des destructions massives et des deplacements de population.

Mais meme dans cette logique, il existe une limite. Si l’objectif d’Israel n’est pas seulement de punir le Hezbollah, mais de creer une securite durable dans le nord, les frappes ne suffisent pas. Israel peut eliminer des commandants, detruire des entrepots, des tunnels, des positions, des lanceurs et des infrastructures de communication. Il peut affaiblir temporairement le Hezbollah. Il peut modifier l’equilibre de la peur. Mais il ne peut pas creer un Etat libanais par l’aviation. Or, sans Etat dans le sud du Liban, le vide sera de nouveau rempli par celui qui dispose de discipline, d’argent, d’ideologie, d’armes et d’un protecteur exterieur.

Une armee sans argent face a une organisation dotee de roquettes

Les Forces armees libanaises se sont retrouvees dans une situation absurde. On leur demande une fonction strategique, mais on leur refuse depuis des decennies les ressources strategiques correspondantes. Les Etats-Unis restent effectivement le principal partenaire exterieur des Forces armees libanaises. Selon le Departement d’Etat americain, les investissements des Etats-Unis dans l’armee libanaise ont depasse trois milliards de dollars depuis 2006. Ce chiffre parait impressionnant, mais il est etale sur presque deux decennies et n’a pas transforme les Forces armees libanaises en une force pleinement capable de neutraliser le Hezbollah de maniere autonome.

Le contexte est ici decisif. Le Liban traverse l’un des effondrements economiques les plus graves du monde contemporain. La Banque mondiale a indique que la pauvrete dans le pays avait plus que triple en une decennie pour atteindre 44 pour cent de la population, tandis qu’un Libanais sur trois dans les zones couvertes par l’etude se trouvait sous le seuil de pauvrete. Le PNUD souligne que le produit interieur brut reel du Liban a chute de 21,4 pour cent en 2020, qu’il s’est de nouveau contracte de 5,7 pour cent en 2024, que l’inflation a atteint 268,78 pour cent en avril 2023 et que la dette publique est montee en 2023 a 180 pour cent du produit interieur brut.

Dans un tel pays, l’armee ne peut pas etre un simple instrument coercitif. Elle devient le dernier pilier de l’Etat. Quand un soldat pense non seulement a sa mission militaire, mais aussi a la facon de nourrir sa famille, quand le budget de l’Etat s’est effondre, quand la confiance publique a ete detruite par l’explosion du port de Beyrouth, la corruption et la debacle bancaire, exiger des Forces armees libanaises une operation immediate contre le Hezbollah revient a demander a un organisme malade de courir un marathon.

Et pourtant, les Forces armees libanaises ont commence a faire ce qui semblait auparavant impossible pour beaucoup. Reuters a rapporte en octobre 2025 que l’armee libanaise nettoyait discretement, mais systematiquement, les depots d’armes du Hezbollah dans le sud, detruisait des caches, fermait des tunnels et accelerait les missions d’inspection. Les sources de Reuters soulignaient cependant que l’armee avait meme besoin d’explosifs pour detruire les installations decouvertes, tandis que les frappes israeliennes et la presence d’Israel sur le territoire libanais compliquaient ce processus. Toute la tragedie du Liban tient dans cet episode : l’Etat tente d’engager le demantelement d’une armee parallele, mais il lui manque jusqu’aux moyens techniques necessaires pour detruire les armes retrouvees.

La FINUL derange tout le monde parce qu’elle rappelle les regles

La FINUL est elle aussi devenue une partie de cette contradiction. Israel critique depuis des decennies cette mission pour son incapacité a arreter le Hezbollah. Cette critique comporte une part de verite : la FINUL n’est effectivement pas devenue une force chargee de desarmer physiquement les formations armees. Mais son mandat n’a jamais ete de mener une guerre contre le Hezbollah. Sa fonction consiste a accompagner les Forces armees libanaises, a surveiller le cessez-le-feu, a documenter les violations et a aider l’Etat a restaurer son autorite dans le sud.

Si l’on retire la FINUL, le probleme ne disparaitra pas. Ce qui disparaitra, c’est l’observateur, le canal de coordination et le cadre international. En aout 2025, le Conseil de securite des Nations unies a proroge le mandat de la FINUL pour la derniere fois, jusqu’au 31 decembre 2026, apres quoi la mission doit commencer son retrait au cours de l’annee 2027. Cette decision peut etre presentee comme un transfert de responsabilite au Liban. Mais si ce transfert de responsabilite ne s’accompagne pas d’un renforcement reel des Forces armees libanaises, il se transforme en autre chose : le retrait d’un etai dans un batiment deja fissure.

En octobre 2024, la FINUL a fait etat de nombreux incidents, de dommages causes a ses installations et de blessures infligees a des casques bleus dans le contexte de l’operation terrestre israelienne et des demandes adressees aux soldats de la paix pour qu’ils quittent leurs positions. Pour Israel, cela pouvait ressembler a un degagement de l’espace operationnel. Mais strategiquement, cela se retourne aussi contre Israel lui-meme. Car moins il y a de mecanismes internationaux dans le sud du Liban, plus il est probable qu’apres chaque nouvelle operation, le vide soit de nouveau rempli par le Hezbollah.

Les bombes ne desarment pas les armees politiques

L’histoire le montre : le desarmement serieux de mouvements armes ne se produit presque jamais sous la seule pression de la force. La force peut modifier le rapport de forces. Elle peut pousser une partie a reconnaitre le cout de la guerre. Mais le desarmement lui-meme exige un paquet politique, un mecanisme legitime et un avenir pour ceux qui doivent deposer les armes.

L’IRA en Irlande du Nord ne s’est pas desarmee parce qu’elle aurait simplement ete bombardee. Le desarmement est devenu possible apres l’accord du Vendredi saint, l’integration de son aile politique dans la vie constitutionnelle et le travail de la Commission internationale independante sur le desarmement. L’universite Notre-Dame indique que l’accord prevoyait la creation d’une commission chargee de surveiller, verifier et confirmer le desarmement de toutes les organisations paramilitaires, et que le processus fut acheve en 2005.

Les FARC en Colombie ont depose les armes dans le cadre d’un accord de paix comprenant un controle des Nations unies, une justice transitionnelle, une reintegration et une participation politique. Selon l’ONU, le 27 juin 2017, la mission en Colombie a recu et place sous controle 7132 armes individuelles des FARC, tandis que les documents ulterieurs de la mission ont fait etat d’un processus global d’enregistrement, de recuperation et de destruction des armes et des caches.

A Aceh, en Indonesie, le desarmement du mouvement GAM est devenu une composante du memorandum d’Helsinki de 2005, qui incluait la mise hors service des armes, la demobilisation, la reintegration, la participation politique, l’amnistie et un controle international. La mission europeenne AMM a ete creee precisement pour surveiller la mise en oeuvre de ces engagements.

La lecon generale est claire : une organisation armee depose les armes non pas lorsqu’on exerce simplement une pression sur elle, mais lorsque l’on propose a ses partisans une formule politique, que l’on donne a l’Etat les moyens de sa force et que l’environnement international garantit l’application de l’accord. Retirez un seul de ces elements, et le processus se disloque. Au Liban, presque tout manque aujourd’hui : une pleine legitimite de l’Etat, des moyens coercitifs suffisants, des garanties de securite durables, un paquet economique pour le sud et un mecanisme politique permettant a la communaute chiite de ne pas percevoir le desarmement comme une capitulation devant Israel.

Le dilemme israélien : la sécurité d’aujourd’hui contre celle de demain

Israël a le droit d’exiger que ses localités du nord ne vivent pas sous la menace des roquettes et des drones. L’évacuation des habitants du nord après le 7 octobre est devenue pour la société israélienne un traumatisme aussi profond qu’un problème militaire. Un État incapable de ramener ses citoyens chez eux perd le sens même de son système de sécurité.

Mais c’est précisément ici que commence le piège stratégique. Plus Israël détruit l’infrastructure du sud du Liban, plus l’État censé remplacer le Hezbollah s’affaiblit. Plus Israël frappe pendant une période de cessez-le-feu formel, plus il devient facile pour le Hezbollah de convaincre ses partisans que les armes restent nécessaires. Plus les forces israéliennes maintiennent des positions sur le territoire libanais, plus il devient difficile pour le gouvernement libanais d’expliquer à sa propre société pourquoi le désarmement devrait venir avant le retrait israélien.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a indiqué qu’après le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, les forces israéliennes étaient restées sur cinq positions le long de la frontière et que les opérations s’étaient poursuivies presque quotidiennement, entraînant, jusqu’au 1er mars 2026, la confirmation de 139 nouvelles morts civiles. Ce n’est pas seulement une statistique humanitaire. C’est un carburant politique pour le Hezbollah. Chaque village détruit, chaque réfugié empêché de rentrer chez lui, chaque civil tué devient un argument en faveur de cette même autonomie armée qu’Israël veut précisément éliminer.

Trump et cette rare fenêtre que l’on peut facilement perdre

Au printemps 2026, la situation a pris un tournant inattendu. Le président des États-Unis Trump a déclaré publiquement qu’Israël ne bombarderait plus le Liban et a écrit que cela lui était interdit par les États-Unis. Reuters a souligné que cette déclaration avait été formulée sur un ton inhabituellement ferme à l’égard d’un allié de longue date de Washington, tandis que Trump insistait en même temps sur le fait qu’un éventuel accord avec l’Iran n’était pas lié au dossier libanais.

Cette déclaration est importante non comme simple rhétorique, mais comme symptôme. Pour la première fois depuis longtemps, Washington a publiquement fait comprendre que la campagne israélienne sans fin au Liban ne constituait pas automatiquement un prix acceptable pour la sécurité régionale. Mais toute la question est de savoir si cela deviendra une politique ou restera un énième message impulsif. Car on ne stabilise pas le Liban par une seule déclaration sur un réseau social. Il faut de l’argent, un programme militaire, un contrôle multilatéral, une pression sur Israël, une pression sur le Hezbollah, un travail avec l’Arabie saoudite, la France, le Qatar, l’Égypte, l’Union européenne et les institutions financières internationales.

À l’été 2025, l’envoyé spécial américain Tom Barrack avançait l’idée d’un désarmement progressif du Hezbollah en échange de la fin des opérations israéliennes et du retrait des troupes. Selon Reuters, le Liban devait présenter un plan capable de convaincre le Hezbollah de remettre ses armes sans contrainte militaire, en tenant compte notamment de la situation économique de ses combattants financés par l’Iran. Al Jazeera citait Barrack affirmant que le gouvernement libanais avait fait sa part et qu’Israël devait désormais répondre par une poignée de main équivalente.

Cette formule a du bon sens. Le désarmement du Hezbollah ne peut pas commencer comme une guerre civile de l’État contre sa propre communauté chiite. Il ne peut commencer que comme un processus complexe : l’État se renforce, Israël cesse ses frappes et se retire des points qu’il occupe, les donateurs internationaux financent la reconstruction du sud, les Forces armées libanaises prennent le contrôle du territoire, et le Hezbollah perd progressivement l’argument de la nécessité d’une arme autonome.

Le prix de la catastrophe humanitaire

Le Liban paie déjà un prix qui dépasse largement les statistiques militaires. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a rapporté que du 2 au 22 mars 2026, au cours d’une nouvelle escalade au Liban, au moins 1029 personnes avaient été tuées, plus de 2786 blessées, et plus d’un million déplacées. Durant cette période, selon le ministère libanais de la Santé, au moins 118 enfants et 40 personnels de santé ont été tués.

Cette destruction ne rend pas le Liban plus capable de désarmer le Hezbollah. Elle le rend moins capable de fonctionner tout court. L’État qui devrait collecter les impôts, payer les soldats, réparer les routes, reconstruire les écoles et tenir le sud se retrouve enseveli sous les corps, les réfugiés, les ruines et la colère politique. Dans un tel contexte, le Hezbollah peut être affaibli militairement, mais sa base sociale ne disparaît pas. Au contraire, si l’État arrive tard, les mains vides, tandis qu’une organisation armée arrive plus tôt avec de l’argent, des funérailles, des compensations et le mot d’ordre de la résistance, la question de la loyauté ne se règle pas en faveur de l’État.

Ce qui doit être fait

La véritable issue n’est pas une énigme. Elle est désagréable, complexe, lente, mais compréhensible. Premièrement, il faut stabiliser le cessez-le-feu au moyen d’un mécanisme de contrôle qui enregistre les violations de toutes les parties et les rend politiquement coûteuses. Deuxièmement, il faut renforcer fortement les Forces armées libanaises, non par des paquets symboliques, mais par un véritable programme de restauration militaire : moyens du génie, communications, renseignement, mobilité, soldes, contrôle frontalier, capacités antidrones. Troisièmement, il faut préserver la présence internationale jusqu’à ce que le Liban soit réellement capable de la remplacer par ses propres institutions. Le retrait final de la FINUL sans Forces armées libanaises prêtes ne serait pas un cadeau fait à Israël, mais à ceux qui savent prospérer dans le vide.

Quatrièmement, la reconstruction du sud du Liban doit être pensée comme une composante de la sécurité d’Israël, non comme une aumône humanitaire. Un village détruit dans le sud du Liban n’est pas seulement un problème libanais. C’est un futur argument pour le Hezbollah. Cinquièmement, il faut une formule diplomatique entre Israël et le Liban, même si elle est au départ technique, indirecte et limitée aux questions de frontière, de prisonniers, de retrait des troupes, de retour des déplacés et de contrôle du sud. Sans canal politique, la logique militaire engloutira de nouveau tout le reste.

Conclusion principale : on ne peut pas exiger un résultat tout en détruisant l’instrument

Israël veut la sécurité. Le Liban veut la souveraineté. Les États-Unis veulent un équilibre régional contrôlable. Le Hezbollah veut conserver ses armes comme source de pouvoir et comme élément de la dissuasion iranienne. L’Iran veut que le nord d’Israël reste vulnérable. Sur cet échiquier, la pièce la plus faible est l’État libanais. Mais c’est précisément à lui que l’on demande, pour une raison ou une autre, le mouvement le plus lourd.

La stratégie israélienne échouera tant qu’elle reposera sur une contradiction : exiger de Beyrouth le monopole de la force tout en sapant les institutions capables de garantir ce monopole. Les bombes peuvent détruire des dépôts. Les bombes peuvent tuer des commandants. Les bombes peuvent aveugler temporairement un réseau, couper des communications et repousser le Hezbollah loin de la frontière. Mais les bombes ne créent pas la légitimité. Les bombes ne paient pas les salaires des soldats. Les bombes ne construisent pas un État.

Si Washington veut réellement changer le scénario libanais, il devra reconnaître l’évidence : la sécurité du nord d’Israël commence non seulement par des frappes contre le Hezbollah, mais aussi par la restauration de la capacité du Liban à être un État. Et si cela ne se produit pas, la région reviendra une fois encore à l’ancien cycle : Israël bombarde, le Liban s’affaiblit, le Hezbollah survit, l’Iran conserve son levier, le nord d’Israël reste sous menace, et la résolution 1701 redevient non pas un plan de paix, mais une prière diplomatique que tout le monde récite et que personne n’applique.