Pendant des décennies, une invasion terrestre de l’Iran par les États-Unis a été perçue comme l’ultime degré de l’escalade - trop coûteuse pour être lancée, trop déstabilisatrice pour être poursuivie. Cette hypothèse se fissure aujourd’hui. À mesure que s’intensifie la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ce qui relevait hier encore de l’impensable devient de plus en plus plausible. La vraie question n’est donc plus tant de savoir si une offensive terrestre est possible, mais où elle pourrait être engagée - et si elle serait capable de produire un résultat stratégique.
À première vue, la périphérie iranienne offre plusieurs portes d’entrée, du golfe Persique au golfe d’Oman, en passant par les zones frontalières occidentales. C’est pourtant là que réside l’illusion majeure. La même géographie qui rend une invasion envisageable la condamne, en même temps, à l’impasse stratégique. La géographie militaire de l’Iran canalise les forces extérieures vers un nombre restreint de nœuds côtiers, de centres énergétiques et de corridors frontaliers qui ne sont pas des voies vers la victoire, mais des déclencheurs d’escalade. Ce qui ressemble à un éventail d’options n’est, en réalité, qu’une carte des conséquences.
Cette logique apparaît avec une netteté particulière en cinq points clés : l’île de Kharg, le détroit d’Ormuz, les îles d’Abou Moussa ainsi que les Grandes et Petites Tomb, le corridor Chabahar-Konarak et l’axe Abadan-Khorramshahr. Chacun de ces points semble, au premier regard, offrir un accès ; aucun ne propose de trajectoire propre vers un succès stratégique.
1. L’île de Kharg
L’île de Kharg constitue bel et bien ce cas rare où l’attrait militaire coïncide presque parfaitement avec une toxicité stratégique extrême. Sur la carte, la cible paraît idéale : petite, isolée de la profondeur territoriale iranienne, saturée de réservoirs, de quais, de pipelines et d’installations de transbordement. Mais c’est précisément cette compacité qui la rend non seulement vulnérable, mais littéralement explosive sur le plan géoéconomique. Environ 90 % des exportations pétrolières iraniennes transitent par Kharg. L’île se situe à quelque 25 à 30 kilomètres des côtes iraniennes et dispose de profondeurs suffisantes pour accueillir des supertankers, là où une large partie du littoral continental ne peut les recevoir dans des conditions optimales. Les capacités de stockage de Kharg sont estimées à environ 28 à 30 millions de barils.
Le rôle économique de Kharg pour l’Iran dépasse de loin la simple fonction de terminal. Ces derniers mois, l’Iran produisait autour de 3,2 à 3,3 millions de barils de pétrole par jour ; en y ajoutant les condensats et autres liquides d’hydrocarbures, le total montait à environ 4,4 à 4,5 millions de barils quotidiens. Même sous la pression des sanctions et de l’instabilité régionale, les exportations iraniennes se maintenaient entre 1,1 et 1,5 million de barils par jour. Autrement dit, Kharg n’est pas un symbole : c’est le cœur battant, très concret, de la machine pétrolière iranienne. Le frapper, ce n’est pas toucher une périphérie, c’est atteindre le nerf central du budget, des recettes en devises et de la résilience commerciale extérieure de la République islamique.
Mais c’est ici que surgit le paradoxe majeur. Plus Kharg est vital pour l’Iran, plus le coût global de toute frappe contre l’île devient élevé. Le pétrole iranien, malgré le régime de sanctions, continue de jouer un rôle important, en particulier pour le marché chinois. En 2025, les achats chinois de brut iranien s’établissaient en moyenne autour de 1,3 à 1,4 million de barils par jour. Plus de 80 % des livraisons maritimes iraniennes étaient destinées à cette seule direction. Une attaque contre Kharg cesse donc instantanément d’être un problème strictement iranien. Elle devient un facteur de pression sur le premier importateur mondial de matières premières, sur les chaînes d’approvisionnement asiatiques et sur l’ensemble du marché des barils sous sanctions vendus à prix cassés. En d’autres termes, frapper Kharg transforme presque mécaniquement un acte militaire local en événement de portée mondiale.
Les derniers mois ont déjà montré qu’il ne s’agit pas d’une construction théorique, mais d’une réalité très tangible. Toute atteinte aux infrastructures pétrolières iraniennes entraîne inévitablement la menace de représailles de Téhéran contre les installations énergétiques des pays de la région. C’est tout le ressort de l’escalade : une frappe sur Kharg pousse presque fatalement l’Iran vers une extension horizontale du conflit à l’échelle de tout l’arc énergétique du golfe Persique. Dans un tel scénario, ne sont plus seulement menacées les capacités iraniennes, mais aussi les terminaux d’exportation des monarchies voisines, les infrastructures portuaires, les installations de chargement pétrolier, les nœuds d’oléoducs et les routes du trafic des tankers.
Le marché réagit à ce type de risque à la vitesse de l’éclair, car il sait une chose : Kharg ne peut être dissociée du détroit d’Ormuz, et Ormuz ne peut être dissocié du prix mondial du baril. En temps normal, près de 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers transitent chaque jour par le détroit. C’est l’une des grandes valves énergétiques de l’économie mondiale. La moindre perturbation sérieuse dans ce goulet se répercute immédiatement sur le prix du brut, le coût du fret, les primes d’assurance, les anticipations boursières et les prévisions d’inflation. Si la navigation venait à être durablement perturbée, les pertes d’offre sur le marché ne se compteraient plus en un ou deux millions de barils, mais en volumes à deux chiffres. Dans ce contexte, même un endommagement partiel de Kharg pourrait provoquer non pas une simple turbulence locale, mais une véritable détonation des prix.
La logique militaire, ici encore, est trompeuse. Au niveau tactique, Kharg ressemble à une cible au rendement exceptionnel : on frappe un nombre limité d’installations et l’on obtient un effet économique maximal. Mais au niveau opératif et stratégique, c’est presque un piège. Une neutralisation sérieuse des infrastructures de Kharg pourrait retirer du marché jusqu’à 1,5 à 2 millions de barils par jour. S’enclencherait alors, presque automatiquement, un mécanisme d’escalade asymétrique en retour. L’Iran ne répliquerait pas forcément à l’identique, mais à l’échelle d’un périmètre régional élargi : pression sur la navigation, démonstration de capacités dans le détroit d’Ormuz, frappes contre les infrastructures énergétiques des alliés de l’adversaire, recours aux proxys, cyberattaques et montée des tensions navales.
C’est là tout le paradoxe stratégique de Kharg. Sa place centrale dans l’architecture exportatrice iranienne crée une illusion de solution simple : frapper l’île, ce serait paralyser rapidement l’économie iranienne. En réalité, le mécanisme est infiniment plus dangereux. Une frappe sur Kharg ne referme pas le conflit ; elle l’ouvre. Elle ne localise pas la guerre ; elle la projette à l’échelle du golfe Persique, du détroit d’Ormuz, des routes d’importation asiatiques, des prix mondiaux et de la sécurité de l’ensemble des infrastructures énergétiques régionales.
Kharg n’est pas seulement un terminal pétrolier. C’est le centre de gravité économique de l’Iran et, en même temps, un détonateur géopolitique. Sa vulnérabilité en fait une cible tentante. Mais c’est précisément son importance qui transforme toute attaque contre elle en facteur d’internationalisation du conflit. Voilà pourquoi Kharg doit être envisagée non comme une infrastructure parmi d’autres, mais comme le mécanisme de déclenchement d’une crise majeure. Là où l’on croit voir, de prime abord, un gain militaire rapide, surgit en réalité le risque d’un choc énergétique international de grande ampleur.
2. Le détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz demeure, en effet, l’un des espaces les plus dangereux - et, en même temps, les plus surestimés sur le plan de la théorie militaire - de toute la carte mondiale. On le décrit souvent comme une sorte de « robinet » qu’il suffirait soit de fermer, soit de placer rapidement sous contrôle extérieur. En réalité, il ne s’agit pas d’un robinet, mais d’un système à plusieurs couches, à la fois naval, côtier, balistique et logistique. C’est précisément pour cette raison que toute discussion sur un éventuel « contrôle d’Ormuz » devrait commencer non par la carte du corridor maritime, mais par celle des infrastructures littorales iraniennes, de ses îles, de ses positions de missiles, de ses bases de vedettes rapides, de ses moyens de brouillage électronique et de ses nœuds portuaires.
Dans sa dimension énergétique, les enjeux sont vertigineux. D’après les estimations les plus récentes, quelque 20 à 21 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers transitaient chaque jour, en moyenne, par Ormuz. Cela représente environ un cinquième de la consommation mondiale de liquides pétroliers et près d’un quart du commerce maritime mondial de brut. Plus crucial encore : le détroit n’est pas seulement vital pour le pétrole, mais aussi pour le gaz. Près d’un cinquième du commerce mondial de GNL y passe, en particulier le GNL qatari et émirati. Pour l’Asie, ce n’est pas simplement une route parmi d’autres, c’est une artère vitale : environ 80 % du pétrole transitant par Ormuz est destiné aux marchés asiatiques.
C’est de là que découle la conclusion centrale : Ormuz ne peut pas être pensé comme un point isolé. Dans sa partie la plus resserrée, le détroit ne mesure que 29 milles nautiques, mais la navigation ne s’y organise pas sur toute cette largeur. Elle repose sur deux couloirs d’environ 2 milles nautiques chacun - l’un pour les navires entrants, l’autre pour les sortants - séparés par une zone tampon. En clair, il n’est pas nécessaire d’exercer une domination totale ; il suffit de pouvoir créer en permanence une menace sur un segment étroit, prévisible et saturé du trafic. La logique militaire est limpide : nul besoin de « s’emparer de tout le détroit » pour en enrayer le fonctionnement normal ; il suffit de mettre sous risque les fenêtres de navigation et les infrastructures qui y donnent accès.
C’est précisément pour cela que l’idée d’un contrôle extérieur rapide du détroit relève du trompe-l’œil. Pour garantir réellement un passage sûr et durable aux navires, il ne suffirait pas d’aligner quelques bâtiments de guerre, ni même d’organiser un simple système d’escorte. Il faudrait neutraliser le réseau côtier de missiles, réduire les lanceurs mobiles, traiter la menace des mines, contenir l’activité des petites vedettes rapides, se prémunir contre les drones et, dans le même temps, restaurer la fiabilité de la navigation dans un environnement marqué par le brouillage et l’usurpation des signaux satellitaires. Ces derniers mois, les structures internationales ont d’ailleurs signalé séparément l’ampleur des perturbations de navigation dans la zone d’Ormuz. Le détail est décisif : même sans frappe directe, le simple milieu maritime devient instable, erratique, accidentogène.
Votre thèse selon laquelle le contrôle du détroit suppose des opérations contre Bandar Abbas et Qeshm est, militairement, parfaitement rationnelle. Bandar Abbas est la grande porte maritime de l’Iran, le nœud portuaire et naval majeur de la rive nord du détroit. Qeshm est la plus grande île iranienne du golfe Persique ; elle s’étire parallèlement au littoral iranien, face à Bandar Abbas, et occupe une position dominante dans l’architecture insulaire d’Ormuz. Autrement dit, quiconque parle sérieusement de « contrôle du détroit » parle en réalité de la nécessité d’agir sur tout un complexe côtier : le port, la ligne insulaire, les emprises militaires, les dépôts, les postes d’observation, les communications et la logistique. Sans cela, le fameux « contrôle » ne serait rien d’autre qu’une démonstration de pavillon, brève et sans prise réelle.
Mais le problème ne s’arrête pas là. Depuis des décennies, l’Iran a bâti la défense d’Ormuz non selon le schéma classique d’une grande bataille navale, mais selon une logique d’usure de l’adversaire. Toute la mécanique repose sur l’asymétrie. Il s’agit d’un assemblage de missiles antinavires côtiers, de mines marines, de petites embarcations rapides, de drones, de moyens submersibles ou semi-submersibles, ainsi que d’une infrastructure distribuée qu’un seul coup ne saurait anéantir. Les évaluations militaires ouvertes soulignent depuis longtemps que les « essaims » de petites vedettes, l’important stock de mines et l’arsenal antinavire iranien sont capables de perturber gravement la circulation dans le détroit. Or, ces capacités ne se sont pas évaporées ; au contraire, l’escalade actuelle a montré que Téhéran conserve une part significative de son potentiel balistique et dronique, ainsi que la faculté de poursuivre la pression même après des frappes sur certains sites.
Dès lors, toute tentative d’imposer un contrôle extérieur sur Ormuz se transforme presque automatiquement en guerre pour le territoire et pour la continuité des communications. On n’est plus dans l’« opération limitée », mais dans une chaîne de campagnes interdépendantes : neutralisation des défenses côtières, frappes sur les infrastructures, obtention de la supériorité aérienne, déminage, sécurisation du trafic commercial, protection des ports de chargement et, surtout, maintien durable dans une zone où l’adversaire peut infliger, encore et encore, des coups ponctuels mais sévères. Le moindre relâchement permet à la menace de ressurgir. Ici, l’illusion de la solution unique ne tient pas.
La pratique récente de 2026 le confirme avec une brutalité particulière. Depuis le début de la grande escalade à la fin du mois de février, les marchés pétroliers mondiaux n’ont pas encaissé un choc hypothétique, mais un choc parfaitement mesurable. Dans les bilans de mars des grandes institutions énergétiques internationales, il était fait état de flux d’exportation quasiment grippés dans le détroit, d’au moins 8 millions de barils par jour de production pétrolière régionale amputés, auxquels s’ajoutaient encore quelque 2 millions de barils par jour de condensats et de liquides de gaz naturel retirés du marché. Plus de 3 millions de barils par jour de capacités de raffinage étaient déjà à l’arrêt - ou sous la menace d’un arrêt - du fait des attaques et de l’impossibilité d’évacuer normalement les produits. Dans ce contexte, les États participant aux mécanismes internationaux de sécurité énergétique ont validé la mise sur le marché de 400 millions de barils issus des réserves stratégiques. Ce seul geste dit l’ampleur de la crise : on ne puise pas dans les stocks stratégiques pour une simple nervosité locale ; on y recourt quand la mécanique elle-même commence à se dérégler.
Autre élément capital : même les pays disposant de routes de contournement ne sont pas en mesure de remplacer intégralement Ormuz. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent bien d’alternatives par oléoducs, mais leur capacité disponible n’est évaluée qu’à environ 3,5 à 5,5 millions de barils par jour. Or, quand près de 20 millions de barils quotidiens de pétrole et de produits pétroliers transitaient encore par Ormuz en 2025, la conclusion s’impose d’elle-même : ces alternatives ne compensent qu’une fraction des volumes perdus. En d’autres termes, l’idée selon laquelle « le marché s’adaptera rapidement » a une limite très dure. Et cette limite, c’est la physique même des conduites, des terminaux, des capacités de stockage et de la logistique portuaire.
Le segment gazier est plus vulnérable encore. Le pétrole peut, dans une certaine mesure, être redirigé ou partiellement remplacé ; pour le GNL, l’équation est autrement plus serrée. Le Qatar et les Émirats demeurent presque totalement dépendants du détroit, tandis que le volume total de GNL qui y transitait dépassait 110 milliards de mètres cubes par an, soit environ 20 % du commerce mondial de GNL. Cela signifie qu’une crise prolongée à Ormuz ne frappe pas seulement le prix des matières premières : elle se répercute aussi sur l’électricité, l’industrie, les engrais, le chauffage, les coûts du fret, et jusqu’à l’inflation alimentaire via la composante énergétique des coûts. Pour les économies émergentes lestées par une dette élevée et des marges budgétaires étroites, un tel choc est particulièrement redoutable.
Les marchés en ont déjà donné une illustration éclatante. Début avril 2026, les contrats à terme sur le Brent restaient au-dessus des 100 dollars le baril après la flambée de mars, tandis que les projections moyennes sur le pétrole pour l’année 2026 avaient été nettement révisées à la hausse. La chute de production de l’OPEP en mars se mesurait en millions de barils par jour par rapport à février. Ce ne sont pas là des pourcentages abstraits perdus dans des notes d’analystes, mais l’indicateur très concret d’une réalité : Ormuz est un mécanisme mondial de transmission de l’inflation. Dès qu’un risque militaire durable y prend corps, ce ne sont pas seulement le pétrole, mais aussi le transport, l’assurance, le crédit, le raffinage et, au bout de la chaîne, le produit final, qui se renchérissent.
Il faut y ajouter la dimension humanitaire, souvent reléguée hors champ dans les textes géopolitiques. Plus de 20 000 marins se sont retrouvés affectés dans la région, tandis qu’un grand nombre de navires sont demeurés, de fait, coincés dans une zone à haut risque. Les organisations maritimes internationales ont été contraintes de parler non seulement de liberté de navigation, mais aussi d’accès à l’eau, au carburant, à l’alimentation, de relève des équipages et du droit élémentaire des marins civils à ne pas devenir des cibles. C’est un marqueur puissant : lorsqu’un problème maritime bascule dans l’humanitaire, c’est que la crise a déjà largement débordé le cadre de la simple « pression maîtrisée ».
De là découle la conclusion stratégique essentielle. Le détroit d’Ormuz n’est pas un instrument de contrôle simple, mais un mécanisme de dissuasion réciproque par la vulnérabilité. Pour l’Iran, ce n’est pas tant un « interrupteur » qu’une zone où il est possible d’imposer à l’adversaire une partie au coût disproportionné. Pour les puissances extérieures, ce n’est pas un « corridor à saisir rapidement », mais un piège potentiel d’attrition. Toute opération sérieuse visant à établir un contrôle durable sur le détroit exigerait non pas un raid éclair, mais la neutralisation de tout un système côtier et insulaire iranien, y compris la région de Bandar Abbas, l’île de Qeshm et les infrastructures adjacentes d’observation, de stationnement et de lancement. Et, après cela, il faudrait encore assurer une présence militaire, technique et d’escorte permanente dans un environnement d’une extrême nervosité, où une seule attaque réussie, une seule mine ou un seul épisode de chaos navigationnel peut suffire à paralyser de nouveau les flux.
C’est pourquoi la thèse d’une « opération locale » à Ormuz ne tient pas, en pratique. Ce qui peut être local, c’est le premier coup. Pas ses effets. Car les conséquences seront, presque inévitablement, régionales - et, par le pétrole, le GNL, l’assurance et la logistique, mondiales. Voilà tout le paradoxe du détroit : il est étroit sur la carte, mais sa crise, elle, se dilate instantanément à l’échelle de l’économie mondiale.
3. Les trois îles
Abou Moussa, la Grande Tomb et la Petite Tomb apparaissent sur la carte comme de simples points à l’entrée du détroit d’Ormuz. Mais en géopolitique, la taille d’un territoire ne coïncide jamais mécaniquement avec son poids politique. C’est précisément ce qui fait de ces îles un cas presque d’école : des objectifs à la valeur économique limitée, mais à la charge symbolique exorbitante. Abou Moussa couvre environ 12,8 kilomètres carrés, la Grande Tomb quelque 10,3, la Petite Tomb à peine 2. Ce ne sont pas des espaces dont la prise modifierait la profondeur opérationnelle du front, ouvrirait une tête de pont pour une offensive de grande ampleur ou désarticulerait d’emblée l’architecture défensive d’un grand État. En revanche, ce sont exactement le type de points où un coup de force peut faire basculer en un instant un épisode local dans une crise régionale de grande ampleur.
Historiquement, le contentieux autour de ces îles remonte à 1971, lorsque les forces iraniennes ont pris le contrôle des Tombs et se sont déployées sur Abou Moussa à la veille de la création des Émirats arabes unis. Depuis, le dossier n’a jamais été gelé : il s’est institutionnalisé. Abou Dhabi considère ces îles comme un territoire occupé ; Téhéran les tient pour une partie indivisible de l’Iran. C’est pourquoi toute action militaire autour d’elles est perçue non comme une simple manœuvre tactique, mais comme une atteinte à la souveraineté, à la mémoire, au prestige et à la position juridico-diplomatique des parties. Pour l’Iran, c’est une question de principe, un symbole de son contrôle sur le golfe Persique. Pour les Émirats, c’est un enjeu de continuité territoriale et de légitimité étatique. Dans ce type de conflit, l’effet politique dépasse presque toujours le rendement militaire.
D’un point de vue strictement militaire, la prise de ces îles n’ouvre pas, à elle seule, la voie vers l’intérieur iranien. Même en imaginant une opération hypothétique contre Abou Moussa ou contre les Tombs, l’assaillant n’obtiendrait ni corridor opérationnel vers la côte iranienne, ni capacité automatique à neutraliser le dispositif iranien d’interdiction d’accès et de manœuvre dans la région, ni garantie de contrôle sur l’ensemble du détroit d’Ormuz. L’infrastructure militaire iranienne dans le Golfe est bien plus vaste et plus profonde que ces trois points : elle englobe le littoral du Hormozgan, Qeshm, Larak, Bandar Abbas, les complexes balistiques mobiles, les flottilles de vedettes des Gardiens de la révolution, ainsi que les moyens côtiers et droniques de frappe. Autrement dit, ces îles peuvent servir de postes d’observation, de signalisation ou de points d’appui tactiques très limités, mais certainement pas de tremplin stratégique décisif. C’est là tout le paradoxe : l’objet se politise avec une facilité déconcertante, mais se convertit très mal en avantage militaire déterminant.
En revanche, le contexte politico-économique qui entoure ces îles est colossal, parce qu’elles se trouvent à l’entrée même de l’artère énergétique la plus sensible du globe. Le détroit d’Ormuz concentre une part gigantesque des flux mondiaux de pétrole, de produits pétroliers et de gaz naturel liquéfié. Dès lors, même si ces îles ne disposent pas elles-mêmes d’une base de ressources particulièrement significative, leur déstabilisation militaire agit immédiatement non sur quelques kilomètres carrés de terre, mais sur les taux d’assurance, le coût du fret, les primes de risque, les itinéraires des tankers et les anticipations énergétiques mondiales.
Les conséquences politiques d’une telle opération seraient d’autant plus lourdes que le différend autour de ces îles a depuis longtemps débordé le cadre d’une simple querelle bilatérale. Il s’est mué en élément d’un affrontement diplomatique plus large entre l’Iran et plusieurs États arabes du Golfe. Toute action de force autour d’Abou Moussa, de la Grande Tomb et de la Petite Tomb entraînerait donc mécaniquement dans la crise non seulement l’Iran et les Émirats arabes unis, mais aussi l’ensemble du bloc monarchique du Golfe, sans oublier les partenaires extérieurs de ces États. Dans une telle configuration, un épisode militaire local produirait presque inévitablement une onde de choc politique hors de proportion avec sa portée initiale.
D’où la conclusion analytique essentielle : ces îles sont séduisantes précisément parce qu’elles donnent l’illusion d’une cible facile. Or, en politique internationale, la cible facile est souvent la plus coûteuse. Plus l’objectif paraît simple à frapper ponctuellement, plus il est probable qu’il n’apportera aucun basculement opérationnel, tout en faisant brutalement monter le prix politique du conflit. La prise d’Abou Moussa ou des Tombs ne priverait pas l’Iran de sa profondeur, ne ferait pas s’effondrer son système militaire continental et ne créerait pas les conditions d’une offensive victorieuse. En revanche, elle serait presque à coup sûr perçue à Téhéran comme une atteinte à la souveraineté, à Abou Dhabi comme un moment de vérité sur la question de l’appartenance territoriale, et dans les pays du Golfe comme le signal d’une possible déstabilisation plus large de l’ensemble du corridor maritime.
Le conflit s’élargirait alors presque mécaniquement sur un axe horizontal : ultimatums diplomatiques, démonstrations de force navales, frappes sur des infrastructures, flambée des primes de risque sur le pétrole et le gaz, implication d’acteurs extérieurs. C’est en ce sens qu’Abou Moussa, la Grande Tomb et la Petite Tomb ne constituent pas un prix stratégique, mais un détonateur politique. Leur faible valeur économique et opérative n’empêche nullement qu’elles soient, sur le plan symbolique, bien plus chargées que quantité de territoires infiniment plus vastes.
Vouloir jouer ces îles comme une victoire bon marché pourrait donc déboucher sur une crise au coût exorbitant. Pour une planification militaire sérieuse, l’affaire est mauvaise : bénéfice réel minimal, explosion diplomatique maximale, risque élevé de régionalisation du conflit et extension presque garantie des conséquences bien au-delà des îles elles-mêmes.
4. Chabahar–Konarak
La côte sud-est de l’Iran, et plus particulièrement la zone de Chabahar et du littoral du Makran, peut effectivement sembler, à première vue, un point d’entrée potentiel plus commode que les secteurs situés autour du détroit d’Ormuz. La densité d’objectifs que l’imaginaire collectif associe au cœur pétrolier iranien y est moindre, et l’ouverture sur le golfe d’Oman donne d’emblée l’illusion d’un espace opératif plus dégagé. Mais c’est précisément cette accessibilité apparente qui induit en erreur. Sur le plan stratégique, Chabahar n’est pas ce nœud dont la prise ferait sauter la résilience économique ou politique de l’Iran. C’est un point commercial et logistique important, certes, mais certainement ni le centre nerveux de l’État iranien, ni le principal pivot de son système hydrocarbure. En mai 2024, l’Inde, qui développe ce port, a signé avec Téhéran un contrat de dix ans pour l’exploitation du terminal Shahid Beheshti. Selon les données communiquées par la partie indienne, le port a traité depuis 2018 plus de 450 navires, 134 082 EVP de fret conteneurisé et plus de 8,7 millions de tonnes de vrac et de marchandises diverses. Ce sont des chiffres solides pour un projet régional de transit, mais ils soulignent en même temps la limite de son importance : Chabahar compte avant tout comme porte d’accès vers l’Afghanistan et l’Asie centrale, non comme centre énergétique critique de l’Iran.
Si l’on observe la question à travers le prisme de l’infrastructure pétrolière iranienne, le tableau devient plus limpide encore. La quasi-totalité des exportations de pétrole iranien transite non par Chabahar, mais par les terminaux de Kharg, Lavan et Sirri dans le golfe Persique ; quant aux condensats de South Pars, ils passent par Assalouyeh. En d’autres termes, même une opération réussie sur l’axe Chabahar-Konarak ne frapperait pas la principale source de recettes pétrolières d’exportation de l’Iran. Elle ne couperait pas le robinet essentiel, ne sectionnerait pas l’artère maîtresse et ne priverait pas Téhéran de son levier énergétique principal. Voilà pourquoi l’idée d’un point d’entrée plus commode doit être immédiatement contrebalancée par une autre évidence : plus commode ne veut pas dire plus décisif. D’un point de vue militaire, un débarquement ou la prise d’une tête de pont dans le Sud-Est peut être techniquement plus simple qu’une poussée vers des zones où se concentrent les principaux terminaux pétroliers et un système de défense côtière plus dense. Mais le rendement stratégique d’une telle opération serait, lui, sans commune mesure, et très inférieur.
Le problème majeur de l’axe sud-est ne tient pas seulement à la valeur limitée de Chabahar lui-même, mais aussi à la géographie. De Chabahar à Bandar Abbas, il y a environ 668 kilomètres par la route ; jusqu’à Téhéran, près de 1 789 kilomètres, et même à vol d’oiseau, plus de 1 429 kilomètres jusqu’à la capitale. Pour une campagne militaire, ce n’est pas une simple distance sur une carte : c’est un gouffre logistique. Tout débarquement dans une telle zone laisse les forces d’invasion loin du centre politique, loin des principaux lieux de décision, loin de l’essentiel des infrastructures industrielles et administratives du pays. Autrement dit, le succès tactique initial se transforme presque automatiquement en problème de ravitaillement, de protection des lignes de communication, de projection des équipements lourds, de couverture aérienne et de maintien sur un littoral étiré. Plus la progression se poursuit vers le nord-ouest ou vers les régions centrales, plus chaque kilomètre supplémentaire coûte cher.
Qui plus est, Chabahar n’est pas, en soi, un espace vide et sûr. La région du Sistan-et-Baloutchistan est de longue date considérée comme l’une des plus instables d’Iran. En avril 2024, des combattants ont attaqué un quartier général des Gardiens de la révolution à Chabahar et à Rask ; au moins 27 personnes ont alors été tuées, dont 11 membres des forces iraniennes, et les autorités ont affirmé que les assaillants n’avaient pas réussi à s’emparer du site. En juillet 2025, une nouvelle attaque majeure a secoué la province du Sistan-et-Baloutchistan : lors d’une agression contre un tribunal à Zahedan, au moins neuf personnes ont été tuées et 22 autres blessées. Cela ne fait pas de la région un espace infranchissable, mais en révèle la physionomie réelle : une périphérie instable n’est pas synonyme de proie facile. Bien au contraire, un tel environnement génère des risques supplémentaires pour toute puissance extérieure, qu’il s’agisse de sabotages, de difficultés de sécurisation de l’arrière, ou de la nécessité de mener en parallèle une campagne militaire et une campagne de contre-insurrection. Autrement dit, débarquer dans le sud-est iranien ne dispense pas de la résistance ; cela en change simplement la forme.
Il existe un autre aspect, tout aussi important. Chabahar s’insère avant tout dans des routes commerciales alternatives qui comptent pour l’Inde, l’Afghanistan et une partie du transit centre-asiatique. En 2025, Washington a d’abord durci le régime de sanctions visant ce projet, avant d’accorder, en octobre, à l’Inde une dérogation de six mois afin de poursuivre l’exploitation du port, en la liant explicitement au commerce avec l’Afghanistan et l’Asie centrale. Le signal est révélateur : même les acteurs extérieurs envisagent Chabahar avant tout comme un instrument logistique et géoéconomique, non comme la clé d’un effondrement de l’État iranien. Une opération contre ce port, ou via ce port, ne produit donc pas ce que la stratégie classique appelle une frappe contre le centre de gravité. Elle peut perturber certains canaux commerciaux, compliquer les flux régionaux, provoquer du bruit diplomatique ; elle ne fait pas s’écrouler le pays et ne le prive pas de sa capacité à poursuivre la guerre.
C’est précisément pour cela que l’axe sud-est n’apparaît séduisant qu’au premier niveau, le plus superficiel, de l’analyse. Oui, on peut y voir un espace moins saturé, moins encombré d’objectifs symboliquement explosifs, avec un accès plus direct au golfe d’Oman. Mais dès que l’on creuse, on retombe sur le piège classique de la commodité opérative. Une tête de pont conquise à Chabahar n’ouvre aucune voie vers une résolution rapide de la guerre. Elle ne coupe pas les flux pétroliers majeurs de l’Iran, ne place pas directement la capitale sous menace, ne paralyse pas les grands centres de commandement et ne garantit nullement l’effondrement du système intérieur. En revanche, elle entraîne presque inévitablement la partie attaquante dans une campagne longue, coûteuse, périphérique, aux marges d’un pays immense, où la géographie joue pour le défenseur et où chaque phase supplémentaire exige davantage de forces, de ressources et de volonté politique. Voilà la conclusion essentielle : la côte sud-est de l’Iran peut paraître plus accessible, mais c’est précisément en raison de sa périphéricité qu’elle offre très peu de gain stratégique. Ici, le point d’entrée le plus commode débouche sur la route la plus ingrate vers tout résultat réellement décisif.
5. Abadan–Khorramshahr
Si l’on envisage un scénario terrestre hypothétique non pas selon la logique des proclamations politiques, mais à l’aune de la véritable géographie militaire, alors l’axe sud-ouest passant par Abadan et Khorramshahr apparaît effectivement comme le plus évident. C’est là que se trouve la voie la plus courte vers les secteurs clés du Khouzistan, vers les infrastructures pétrolières et portuaires, vers ces nœuds de transport dont l’importance n’est pas seulement tactique, mais stratégique pour l’ensemble de l’économie iranienne. La mémoire historique, ici aussi, dissipe les illusions : en septembre 1980, l’armée de Saddam Hussein avait emprunté ce même vecteur méridional, réussi à prendre Khorramshahr, mais échoué à s’emparer d’Abadan ; dès décembre 1980, son offensive s’était enlisée à quelque 80 à 120 kilomètres de profondeur à l’intérieur du territoire iranien. Déjà, dans une configuration régionale pourtant très différente, cet itinéraire n’avait pas été un corridor vers la victoire, mais un piège d’attrition.
Mais en 2026, le problème de cet axe ne tient même plus d’abord au relief ni à la défense iranienne en tant que telle ; il tient à la topographie politique de la guerre. Le trajet le plus court sur la carte traverse l’espace le plus saturé du Moyen-Orient : le Koweït, puis l’Irak, avant de remonter depuis la région de Bassora en direction du Khouzistan. C’est là que se noue la véritable bifurcation. L’Irak d’aujourd’hui n’est ni une simple zone de transit vide, ni un territoire sans volonté propre à travers lequel on pourrait faire mécaniquement passer des troupes jusqu’à la frontière iranienne. C’est un État où existe formellement une autorité souveraine, mais où subsiste en parallèle un réseau dense de structures armées chiites, étroitement liées à l’influence iranienne, aux équilibres politiques internes et à l’architecture sécuritaire irakienne elle-même. Même les évaluations officielles américaines et internationales de ces dernières années soulignaient qu’une partie des unités des PMF, ou Hachd al-Chaabi, est nominalement placée sous l’autorité du Premier ministre, tout en conservant dans les faits une autonomie réelle et une capacité de réaction armée indépendante.
D’où la conclusion essentielle : toute tentative d’utiliser l’espace irakien pour frapper le sud-ouest iranien transformerait presque inévitablement le conflit en guerre à plusieurs étages à l’intérieur d’un même arc chiite, de Bassora et des provinces méridionales irakiennes jusqu’au Khouzistan. Et il ne s’agit pas seulement d’une résistance militaire frontale. Il s’agit aussi de sabotages sur les lignes de communication, de pressions par missiles et drones, de frappes contre des bases, de mobilisation politique à l’intérieur même de l’Irak et d’un possible effondrement du fragile équilibre déjà précaire à Bagdad. Même des publications occidentales de mars 2026 relevaient que, malgré les tentatives de certaines factions irakiennes pro-iraniennes de se tenir à distance d’un engagement direct dans une guerre majeure, elles conservaient leurs structures, leurs canaux d’influence et la capacité de changer rapidement de posture en cas de menace d’opération terrestre contre l’Iran.
C’est pourquoi la voie la plus directe est aussi, dans le même mouvement, la plus explosive. Elle n’ouvre pas un front, mais plusieurs à la fois. D’abord contre l’Iran. Ensuite à l’intérieur de l’Irak, face à des forces qui verraient dans un tel transit un défi existentiel. Enfin contre l’architecture énergétique de l’ensemble du Golfe. Il suffit de regarder ce qui s’est déjà produit en l’absence même d’une campagne terrestre de grande ampleur : selon les données de la fin mars 2026, dans le contexte de la guerre actuelle et des perturbations du détroit d’Ormuz, la production pétrolière irakienne se serait effondrée d’environ 4,3 millions de barils par jour à 0,8 million, tandis que la production totale de l’OPEP en mars aurait reculé à 21,57 millions de barils par jour, son plus bas niveau depuis juin 2020. Le simple fait qu’une telle chute soit possible montre à quel point Bassora, les capacités d’exportation du sud irakien et l’ensemble de la logistique du golfe Persique sont vulnérables avant même tout basculement vers une phase terrestre à grande échelle.
Il faut, de ce point de vue, apporter un autre correctif important à toute discussion sur un « scénario réaliste ». Aujourd’hui, y compris à Washington, on souligne publiquement que les objectifs fixés peuvent être atteints sans déploiement de troupes au sol. Le 27 mars 2026, Marco Rubio a déclaré explicitement que les États-Unis étaient capables d’atteindre leurs buts en Iran sans ground troops et qu’ils misaient sur une campagne bouclée en quelques semaines, non sur une invasion terrestre. Dans le même temps, des agences occidentales rapportaient qu’une partie des alliés des États-Unis dans le Golfe plaidait en privé pour la poursuite de la pression sur Téhéran ; mais même dans ces fuites, rien n’indique que la région soit prête à ouvrir sans douleur son territoire à un corridor terrestre de grande ampleur. Bien au contraire : la manière même dont la question est posée montre qu’apporter un soutien politique à une frappe et accepter de devenir une plateforme militaire sont deux choses radicalement différentes.
L’axe sud-ouest passant par Abadan et Khorramshahr peut donc sembler, sur la carte, la voie la plus courte vers les points sensibles de l’Iran. En réalité, ce n’est pas une route brève, mais un concentré de détonation régionale. Il reprend le tracé historique de 1980, mais dans un environnement incomparablement plus complexe : avec en Irak des acteurs armés chiites autonomes, un réseau beaucoup plus dense de connexions politiques et idéologiques, une vulnérabilité extrême des infrastructures pétrolières et le risque d’un débordement quasi instantané du conflit bien au-delà des frontières iraniennes. Autrement dit, la route la plus directe est aujourd’hui aussi la plus coûteuse, la plus toxique et la plus imprévisible. Son prix ne se mesure pas seulement en risque militaire, mais dans la transformation du sud de l’Irak en nouveau théâtre d’une grande guerre régionale.